Suite à l'annonce d'une « journée burkini » dans une piscine des Bouches-du-Rhône, la France est en émoi. Karim Achoui réagit.

Suite à la polémique sur la journée burkini dans les Bouches-du-Rhône, notre chroniqueur Karim Achoui, avocat, donne son avis sur la légalité de la tenue d’un tel événement.

Dans la commune de Pennes-Mirabeau (Bouches-du-Rhône), Michel Amiel, maire prétendument sans étiquette, mais adoptant une idéologie réactionnaire fort en vogue, envisagerait de prendre un arrêté municipal afin d’interdire un événement privé organisé dans sa commune, interdisant la baignade en burkini ou jilbab dans un parc aquatique, au cours d’une journée réservée aux femmes et enfants, à l’initiative de l’association « culturelle, sportive, et d’entraide aux femmes et aux enfants », Smile 13. Le maire s’est donc indigné en déclarant la tenue de cet événement intolérable, considérant qu’il s’agirait là d’une « manifestation du communautarisme pur et dur. » Des propos que l’on retrouve aussi dans la bouche de Florian Philippot au FN, celui ci d’insister en affirmant qu’« il faut interdire ce genre d’événements car il y a un risque de trouble à l’ordre public, et que c’est un événement purement communautaire. »

Aucun trouble à l’ordre public

Alors à tous ceux qui s’indignent : Messieurs Amiel, Philippot et bien d’autres porte-drapeaux d’une France fermée, idéologiquement, philosophiquement appauvrie, à tous ces partisans de la paranoïa stigmatisante envers les musulmans, je réponds, en tant que musulman français et homme de droit : oui, c’est un événement communautaire. Et alors ? Des troubles à l’ordre public causés ? Aucun ! Si ce n’est par anticipation, prouvant là les préjugés à la mauvaise foi de certains. Cet événement n’est en rien illégal, et de ce fait, c’est l’interdire qui le devient. Il s’agit d’un événement communautaire organisé dans un cadre privé, et qui ne requiert donc pas l’intervention quelconque des domaines public et politique.

De plus, le communautarisme devient néfaste lorsqu’il sectarise et oppose, lorsqu’il est idéologisé, trop politisé et théorisé, or ce sont des propos tels que ceux prononcés par Florian Philippot ou Michel Amiel qui creuse des fossés communautaires empoisonnés, car interdire l’événement, le stigmatiser, c’est une façon de diaboliser l’altérité au lieu de l’accepter, de la partager, d’apprendre à la dépasser sans la nier, et c’est important, notamment au vue du contexte. Le communautarisme, philosophiquement, anthropologiquement, c’est avant tout normal, il ne s’agit pas de le rejeter en ce qu’il est le sentiment d’appartenance à une culture commune, l’amour et le partage de celle ci.

La France devient pseudo-laïcarde

La France est laïque, très bien. Seulement, malheureusement elle devient pseudo-laïcarde et l’Islam devient l’image de l’interdit, du rejet des valeurs françaises. Or, ce genre d’événements, au contraire accepte les règles d’une République laïque, sans divisions, tout en ne rejetant pas la culture musulmane de certains, qui peuvent l’exprimer dans un cadre défini à un moment défini. Ce « communautarisme » répond à une forme de communautarisme « franco-français réactionnaire » qui plus est… Donc non, il n’est pas juste de l’interdire tant que cet événement ne représente ni atteinte à l’ordre public, ni atteinte à la dignité de la personne.

Karim Achoui

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