Le président américain a demandé aux Etats de mettre fin aux « routes du racisme », qui ont provoqué une ségrégation raciale au sein des grandes villes depuis les années 1950.

C’est un « projet historique » que vient de voter la Chambre des représentants américaine. A première vue, un projet d’urbanisme qui coûtera 1 000 milliards de dollars aux Etats-Unis. Symboliquement, c’est bien plus que cela. Car la rénovation des routes, des ponts, des réseaux électriques ou encore l’extension de l’accès à internet ont aussi un but : mettre fin à une ségrégation qui n’existe plus, légalement, aux Etats-Unis mais qui est, de fait, toujours présente.

Parmi les projets des autorités : mettre fin aux « routes du racisme ». Ces voies coupent, depuis trop longtemps, les grandes villes en deux. Une délimitation qui provoque une ségrégation, puisque les quartiers huppés sont ainsi séparés des banlieues accueillant les minorités, souvent pauvres et noires. Depuis les années 1950, ces routes ont provoqué la création de ghettos et le développement, de l’autre côté, de zones pavillonnaires regroupant les classes moyennes.

Pour les personnes qui avaient été envoyées de l’autre côté des « routes du racisme », les conséquences ont été désastreuses : il fallait plusieurs heures pour sortir du ghetto, tandis que ces banlieues ont été largement ignorées en termes de santé publique. La pollution y étant particulièrement forte. Le membre du Congrès américain Richie Torres estime d’ailleurs que le taux d’hospitalisation pour asthme dans le sud du Bronx est quasiment trois fois plus important que dans le reste de la ville de New York.

Une ségrégation aussi bien sanitaire que sociale, voire économique : là où les villes comptent un quart de personnes, en moyenne, sous le seuil de pauvreté, les quartiers périphériques voient ces taux grimper à 40 %, voire plus.

« Le racisme est physiquement intégré à certaines autoroutes », résume le secrétaire aux Transports, Pete Buttigieg. La Maison-Blanche a demandé à chaque Etat de revoir sa politique d’urbanisation pour mettre fin à ces autoroutes. Certains Etats ont d’ores et déjà annoncé que le coût important de l’opération serait un frein. Si la volonté de Joe Biden est honorable, en pratique, la fin de la ségrégation raciale aux Etats-Unis n’est pas pour aujourd’hui, surtout si elle n’est pas accompagnée de mesures antiracistes au sein de la police ou des institutions de l’Etat.