L’affaire sur l’enseignant de l’Institut d’études politiques de Grenoble, accusé d’islamophobie par sa direction continue à agiter la sphère universitaire. Elle relance même le débat sur les dérives de l’enseignement, en pleine campagne électorale.

A l’origine, cette affaire remonte à la fin de l’année 2020, lorsqu’un professeur d’allemand, Klaus Kinzler, et une collègue historienne s’échangent des courriels véhéments, concernant une journée de débats. Cette dernière, axée sur le thème « racisme, antisémitisme et islamophobie » a donné lieu à des échanges houleux, notamment sur le terme islamophobie dont Klaus Kinzler a contesté le caractère scientifique, tout en émettant des critiques sur l’islam.

Au début du mois de décembre, ledit professeur a accordé des interviews à différents médias. Selon la directrice de l’IEP, Sabine Saurugger, Klaus Kinzler a « gravement méconnu à plusieurs obligations » en particulier la « discrétion professionnelle ». Elle a ajouté qu’ « il y a lieu à saisir le conseil de discipline » dans l’arrêté publié qui le suspend pour une durée de quatre mois.

Alors que les avocats de Klaus Kinzler dénoncent une « chasse aux sorcières » et que l’enseignant accuse l’établissement d’endoctriner les étudiants, la directrice a pris la défense de l’IEP, affirmant que « M. Kinzler reproche un certain nombre de faits qui ne sont pas exacts. Il dit notamment que la direction ne l’a jamais protégé. Sciences-Po Grenoble est un établissement où la liberté d’expression et la liberté d’enseignement se trouvent au cœur du projet académique ».

Si de prime à bord, il s’agit là d’un différend entre un membre du corps professoral et sa direction, l’affaire a pris une plus grande ampleur. La suspension du professeur a provoqué la colère de Laurent Wauquiez, président de la région Auvergne-Rhônes-Alpes. Il a décidé de suspendre les financements accordés à l’établissement par la collectivité. Sur Twitter, il a dénoncé « une dérive idéologique et communautaire inacceptable » qui vient de « franchir un nouveau cap ».

Cette nouvelle semble réjouir le candidat à la présidentielle Éric Zemmour et l’extrême droite. Dans un tweet, il félicite Laurent Wauquiez qui « a parfaitement compris comment couper court à l’infiltration de nos grandes écoles par l’islamo-gauchisme : en commençant par fermer le robinet du financement public ».

Il apparaît clairement que cette affaire a réveillé une querelle politique d’ampleur nationale, au centre de laquelle, l’islam se trouve encore. A l’approche de l’échéance électorale, le champ lexical du mot « islam » est sur toutes les lèvres. L’invitation d’Éric Zemmour dans ce débat reflète bien son approche stigmatisante mais surtout la politisation d’une telle affaire, et sa reprise par les bastions de l’extrême-droite. Cela pose de nombreuses questions sur l’avenir des établissements d’enseignement supérieur, si Éric Zemmour venait à être élu à la présidence.