« Oui à la critique de la religion, non à la haine du croyant », « stop à l’islamophobie », « vivre ensemble, c’est urgent », pouvait-on lire sur des pancartes de manifestants au milieu de nombreux drapeaux français. « Solidarité avec les femmes voilées », ont scandé des participants de la marche contre l’islamophobie qui se déroulait ce dimanche et s’est terminée par une « Marseillaise » retentissante.

Comme à chaque grand rassemblement, les chiffres sont variables selon les sources : 40 à 50 000 personnes selon les organisateurs, 13 500 selon le cabinet Occurence pour un collectif de médias. Qu’importe : les rues étaient pleines de monde et l’ambiance calme. Les manifestants, eux, étaient déterminés à rappeler la dangerosité des discours de haine, qu’ils soient médiatiques ou politiques.

L’appel à manifester, lancé le 1er novembre dans le quotidien « Libération », quatre jours après l’attentat dans une mosquée à Bayonne, suivi par des débats nauséabonds sur le port du voile et la laïcité, aura donc été largement suivi. Objectif ? Dire « STOP à l’islamophobie », à la « stigmatisation grandissante » des musulmans, victimes de « discriminations » et d' »agressions ».

« On vient alerter, dire qu’il y a un niveau de haine à ne pas dépasser. On est ouverts à la critique mais il ne faut pas dépasser certaines limites dans l’agression », a déclaré à l’AFP un manifestant, Larbi, un entrepreneur de 35 ans. Car c’était aussi bien cela, le message de la marche : rappeler que derrière le débat sémantique sur le mot « islamophobie », les actes antimusulmans, physiques ou dans les paroles, sont encore trop nombreux.

Asmae Eumosid, ingénieure, qui défilait ce dimanche, a expliqué à l’AFP : « On veut se faire entendre, prôner une société mixte et le vivre ensemble, ne pas être écartés de la société. On entend tout et n’importe quoi sur l’islam et sur les femmes voilées aujourd’hui. On essaie de stigmatiser les musulmans, de les mettre à l’écart de la société ».

Parmi les organisateurs, certains discours resteront dans les annales, comme celui de Marwan Muhammad, fondateur de la plateforme L.E.S. Musulmans. « On dit Allahu Akbar. On est fier d’être musulmans et citoyens français. On dit Allahu Akbar, car on en a marre que des médias fassent passer cette expression religieuse pour une déclaration de guerre », a-t-il dit, alors que la foule scandait « Allahu Akbar » à son tour.

Il n’y a pas qu’à Paris que les Français ont voulu dire leur ras-le-bol de l’islamophobie : à Marseille, plusieurs centaines de personnes – familles musulmanes, mais aussi syndicalistes et militants de gauche – étaient également rassemblées dimanche après-midi sous des pancartes « l’islamophobie tue ». La foule a scandé « nous sommes tous des enfants de la République ».

Claudine Rodinson, retraitée de 76 ans, venue avec une poignée de militants du parti d’extrême gauche Lutte ouvrière, ne comprend pas ceux qui « à gauche, ont perdu leur dignité ».

« Il y a une propagande scandaleuse faite contre les musulmans, un amalgame entre terrorisme et islam », dénonce-t-elle.

Depuis l’appel à manifester, la classe politique se déchire sur cette thématique. La notion-même d' »islamophobie » ainsi que l’identité de certains signataires de l’appel ont conduit une partie de la gauche, dont le Parti socialiste, à ne pas s’y associer.

Le PS a annoncé travailler à l’organisation d’une prochaine manifestation contre le racisme.

Mais dans le cortège parisien, plusieurs élus de la France insoumise (gauche radicale) étaient bien présents au côté de leur chef de file Jean-Luc Mélenchon. Celui-ci a appelé avant le départ de la marche à ne pas « confondre quelques personnes avec la valeur de la cause qui est servie ».

Egalement dans la rue, Ian Brossat, porte-parole du Parti communiste, estime qu' »il y a un climat de haine contre les musulmans ». « On ne peut rester les bras ballants », ajoute-t-il, fustigeant au passage les attaques de la présidente du Rassemblement national (extrême droite) Marine Le Pen.

Celle-ci avait estimé samedi qu’il s’agissait d’une manifestation « main dans la main avec les islamistes ».

Plusieurs membres du gouvernement ont également eu des mots très durs sur cette initiative, qualifiée d' »insupportable », « clientéliste et communautariste » par le secrétaire d’Etat en charge de la Jeunesse, Gabriel Attal.

Evoquant des « ambigüités », Elisabeth Borne, ministre de la Transition écologique et solidaire, a estimé que la marche dressait les gens « les uns contre les autres ».