Un historien a retrouvé trace du mot "islamophobie" dans des ouvrages datant du début du 20e siècle. Or, aujourd'hui, ce terme est réfuté.

Dans un article historique, Alain Ruscio revient sur l’origine du mot « islamophobie » et contredit les intellectuels qui tentent de faire passer ce mot aux oubliettes.

C’est un des mots qui alimentent la polémique en ce moment : « islamophobie. » Pour les uns, l’islamophobie serait un rempart contre toute critique – même constructive – de l’Islam, comme pour Elisabeth Badinter. Pour la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme, la LICRA, ce mot ne serait pas une « forme particulière de haine dirigée contre l’Islam », comme l’indique la définition du Petit Robert, mais une simple « critique. » On est, aujourd’hui, dans une certaine forme de négationnisme tendant à jeter aux oubliettes ce mot d’islamophobie. La preuve, même dans les dictionnaires du logiciel Word ou du système de gestion de contenu WordPress, cette occurrence n’existe pas.

Racisme et phobie de la religion se son mêlés

Alors, l’islamophobie serait une invention récente… Faux, rétorque Alain Ruscio, qui nous offre dans Orient XXI une histoire de ce mot qui, contrairement à une idée répandue, « est plus que centenaire. » Selon l’historien, l’islamophobie est « historiquement inséparable du racisme anti-arabe. » L’histoire de France a été marquée par plusieurs invasions arabes, puis par la colonisation. Les Arabes, pour les Français, définissaient tous les colonisés du Maghreb. Alors, explique Alain Ruscio, « hostilité de race et hostilité de religion se mêlèrent en une seule phobie. » L’islamophobie est donc un magma étrange, mélange de peur de la religion et de racisme.

Mais cette histoire linguistique à propos de l’islamophobie n’est pas récente. En réalité, indique l’historien, la première utilisation de ce mot remonte, selon les différentes recherches, à… 1910 ! Alain Quellien définit, dans un de ses ouvrages, ce mot : « Il y a toujours eu, et il y a encore, un préjugé contre l’islam répandu chez les peuples de civilisation occidentale et chrétienne. Pour d’aucuns, le musulman est l’ennemi naturel et irréconciliable du chrétien et de l’Européen », écrit-il, admettant que l’Islam est « la négation de la civilisation, et la barbarie, la mauvaise foi et la cruauté sont tout ce qu’on peut attendre de mieux des mahométans. »

Pourquoi nier les actes islamophobes ?

Alors pourquoi essayer de faire croire que ce mot est récent ? Un mot qui existe dans le débat français depuis plusieurs dizaines d’années… Selon les intellectuels, écrit l’historien Alain Ruscio, l’islamophobie « serait une arme des intégristes dans leur lutte contre la laïcité, interdisant de fait toute critique de l’Islam. » Mais, précise l’historien, il est « difficile de contester que des islamophobes existent et qu’ils agissent. » Nier l’islamophobie, c’est donc nier une réalité. Les actes antimusulmans ont explosé en 2015. Si on refuse de les appeler « islamophobes », n’est-ce pas une façon de minimiser leur portée ? La question est posée…

« Islamophobie », un mot, un mal plus que centenaires (ici)

Salma Ben Taïeb

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