Islamophobie et islamisme se nourrissent l'un de l'autre, dénonce un grand reporter qui critique l'obsession des politiques à ce sujet.

Après de nombreuses années au pôle antiterrorisme du Tribunal de grande instance de Paris, le juge d’instruction français Marc Trévidic quitte ses fonctions. Dans une interview au Télégramme, le magistrat revient notamment sur le djihadisme. Et le moins que l’on puisse dire est que son discours est bien loin des clichés véhiculés par les dirigeants politiques.

En effet, alors que l’auteur présumé de l’attentat en Isère, Yassin Salhi, assure que la religion n’a rien à voir avec son acte, quelques Républicains, comme Nadine Morano ou Christian Estrosi, avaient ressorti leur théorie de la 5e colonne dès l’annonce de la tuerie dans les médias. Et si, de religion, il n’était pas question dans cet acte, ni dans les actes de l’Etat islamiques pour lesquels une partie du monde demande aux musulmans de se désolidariser ? L’emballement politique est peut-être légèrement hâtif.

C’est en tout cas l’avis de Marc Trévidic qui, même s’il assure que « le nombre de personnes atteintes de délire djihadiste est exponentiel », indique que « ceux qui partent faire le djihad agissent ainsi à 90 % pour des motifs personnels : pour en découdre, pour l’aventure, pour se venger, parce qu’ils ne trouvent pas leur place dans la société… Et à 10 % seulement pour des convictions religieuses : l’islam radical. »

« Le vrai problème, c’est l’exclusion »

Pour Marc Trévidic, « la religion n’est pas le moteur de ce mouvement et c’est ce qui en fait sa force. C’est pour cette même raison que placer la déradicalisation sous ce seul filtre ne pourra pas fonctionner. » Même son de cloche du côté de Nicolas Hénin, grand reporter et ancien otage en Syrie, qui estime que les départs pour le djihad « sont surtout les conséquences de parcours individuels de rébellion, avec des jeunes qui ne savent plus qui ils sont, qu’ils soient d’origine étrangère ou non. »

Selon Nicolas Hénin, « la réforme de l’Islam de France n’aurait qu’un effet marginal et ne suffirait pas à régler le problème du jihadisme français. » Et d’ajouter que « le vrai problème c’est celui de l’exclusion, couplé à un sentiment de révolte. » Le grand reporter conclut qu’islamophobie et islamisme « se nourrissent l’un l’autre. » Et si la solution était, comme il le préconise, « l’acceptation générale de la communauté musulmane dans le pays ? » A bon entendeur.

Le juge Trévidic. « La religion n’est pas le moteur du jihad » (ici)

Mehdi Chaouali

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