L'esprit de Noël a disparu le week-end dernier. Malgré l'appel au dialogue entre religions, plusieurs actes islamophobes ont été recensés.

Malgré les appels à la fraternité entre les différentes religions lors de ce Noël 2015, plusieurs actes islamophobes se sont déroulés sur le sol français, notamment avec le saccage d’une salle de prière en Corse. L’esprit de Noël n’était pas franchement au rendez-vous cette année…

Ce week-end, les musulmans n’ont pas vraiment été à la fête. La coïncidence du calendrier, avec Noël et Mawlid célébrés exceptionnellement en même temps, était pourtant l’occasion de parler de fraternité et de dialogue entre les religions. Certains s’y sont essayés. Comme le père Vincent Feroldi, directeur du Service National pour les Relations avec les Musulmans, pour qui c’était « une occasion de vivre ensemble des moments de recueillement spirituel pour les croyants. » Ou l’Union des mosquées de France, qui avait appelé à « la paix, de la justice et de la solidarité. » Mais dès le jour de Noël, on apprenait qu’une salle de prière musulmane à Ajaccio était saccagée…

Des slogans de haine envers les musulmans

Ils ont été entre 250 et 300 à se diriger vers la cité d’Ajaccio. Des Corse qui s’étaient rassemblés ce 25 décembre pour rendre hommage à des pompiers et à un policier blessés la veille. Mais la manifestation de soutien a rapidement tourné à la vendetta. Certes, des policiers ont tenté de contenir la foule. Mais plusieurs individus n’ont pas hésité à saccager une salle de prière dans ce quartier. Ils ont ensuite allumé un incendie pour brûler des Coran. Le tout, sur fond d’islamophobie et de xénophobie : ce ne sont pas les slogans entendus lors de ces événements qui feront dire le contraire. En effet, « Arabi fora » (« les Arabes, dehors »), « On est chez nous » ou encore « Il faut les tuer », ont été scandés pendant la mise à sac de la salle de prière.

La salle de prière saccagée à Ajaccio.

L’Observatoire national contre l’islamophobie du Conseil français du culte musulman a tout de suite « condamné avec force » ce qui s’est passé à Ajaccio, rappelant notamment qu’il s’agissait d’« un jour de prière pour les musulmans et pour les chrétiens. » Le Premier ministre Manuel Valls a, lui, dénoncé la « profanation inacceptable d’un lieu de prière musulman. » Ambiance délétère sur l’île de Beauté où le patron du Service départemental d’incendie et de secours, habitué à tenter d’éteindre les incendies, a attisé la tension, affirmant : « Nous ne sommes pas dans certains quartiers du continent où règnent la terreur et le chaos. Ici c’est Ajaccio et nous ne laisserons personne dicter ses propres règles, imposer la peur et s’accaparer un quartier de notre ville. Si cela les indispose, ils sont libres de partir. »

La solidarité entre musulmans et catholiques ne plaît pas à Ménard

Il les préfère sans doute fans de Dieudonné ou pro-Etat islamique. L’acte hautement symbolique des musulmans, qui avaient décidé de protéger les églises lors des messes de Noël, n’a pas plu au maire de Béziers. « Ainsi donc la messe de Noël à l’église de la Devèze s’est tenue sous la prétendue ‘’protection’’ d’un groupe de musulmans », s’est étonné Robert Ménard, qui a tenu à définir les musulmans à l’origine de cette action comme « deux activistes connus pour leur engagement fondamentaliste et anti-israélien. » Sur la page Facebook de la mairie, Robert Ménard demande, sans sourciller : « Depuis quand ces pyromanes protègent des incendies ? Que fait, que dit l’Etat ? Le préfet ? »

Robert Ménard en colère contre les musulmans.

Le week-end fut décidément loin des attentes des différents représentants religieux. Si bien que SOS Racisme a décidé de porter plainte contre le maire de Béziers. Selon l’association, les propos  de Robert Ménard « contribuent à entretenir et à nourrir cette haine qui s’est par exemple déployée (la veille) à Ajaccio, où une manifestation aux cris de ‘’Arabi fora’’ s’est conclue par le saccage d’une mosquée. »

Corse : ce que l’on sait du saccage d’une salle de prière musulmane à Ajaccio (ici)

Béziers : les musulmans « déçus et tristes » par la nouvelle polémique de Ménard (ici)

Yassine Bannani

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