Ce discours contre le séparatisme, attendu et plusieurs fois repoussé, intervient dans un contexte sensible en France, pays où la laïcité constitue une valeur cardinale et où l’islam est la deuxième religion.

M. Macron est sous les feux croisés de la droite et de l’extrême droite qui l’accusent de laxisme, et de la gauche qui dénonce une stigmatisation des musulmans pour des raisons électoralistes.

Ce discours survient en outre après l’attentat au hachoir mené une semaine plus tôt à Paris par un jeune Pakistanais, et en plein procès des attentats de janvier 2015, dont celui contre l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo.

Estimant que « l’islam est une religion qui vit une crise aujourd’hui partout dans le monde », M. Macron a longuement décrit un « séparatisme islamiste » en France conduisant à la « déscolarisation des enfants », le « développement de pratiques sportives et culturelles » communautaristes, « l’endoctrinement, la négation de nos principes comme l’égalité homme/femme ».

« Je veux qu’il n’y ait aucune confusion ni aucun amalgame », a insisté le président français, qui s’exprimait aux Mureaux, une ville sensible de 30.000 habitants en région parisienne, dénonçant « le piège » qui consisterait à « stigmatiser tous les musulmans ». « Force est de constater qu’il y a un islamisme radical qui conduit à nier la République », a-t-il cependant ajouté.

– Priorité à l’éducation –

M. Macron a ainsi annoncé plusieurs mesures comme l’obligation pour toute association sollicitant une subvention publique de signer une charte de la laïcité, un encadrement renforcé des écoles privées confessionnelles, une limitation stricte de l’instruction scolaire à domicile.

Selon les autorités, 50.000 enfants sont actuellement scolarisés à domicile. L’instruction à domicile sera à partir de la rentrée 2021, « strictement limitée, notamment aux impératifs de santé », a déclaré le président français.

« Chaque semaine des recteurs et rectrices trouvent des cas d’enfants totalement hors système ». « Chaque mois, des préfets ferment des +écoles+, souvent administrées par des extrémistes religieux », a-t-il ajouté, évoquant des parents d’élèves qui refusent de mettre leurs enfants au cours de musique ou à la piscine.

Le projet de loi comportant ces différentes mesures sera présenté le 9 décembre en conseil des ministres, et visera à renforcer la laïcité et consolider les principes républicains « 115 ans après l’adoption définitive de la loi de 1905 », a-t-il précisé.

– « Ghettoïsation » –

M. Macron a toutefois estimé que les autorités avaient leur part de responsabilité en ayant laissé se développer la « ghettoïsation » de quartiers. « Nous avons concentré des populations en fonction de leurs origines, nous n’avons pas suffisamment recréé de mixité, pas assez de mobilité économique et sociale » et, « sur nos reculs, nos lâchetés, ils ont construit leur projet », a dit le président.

Quant au « passé colonial » de la France, certains « traumatismes » n’ont « toujours pas été réglés avec des faits fondateurs dans la psyché collective », a-t-il estimé, en évoquant la guerre d’Algérie.

Le président français a plaidé pour « une meilleure compréhension de l’islam » et l’enseignement de l’arabe. Il a également souhaité « un islam qui puisse être en paix avec la République », et libéré « des influences étrangères », un sujet récurrent en France.

Le contrôle des financements des lieux de culte sera renforcé, en incitant les associations cultuelles musulmanes à changer de régime associatif, et à mettre fin à un « système d’opacité ».

« Il ne s’agit pas d’interdire les financements » étrangers, « mais de les encadrer », a-t-il dit.

En outre, « un dispositif anti-putsch » pour empêcher la prise de contrôle de mosquées par les extrémistes figurera dans le futur projet de loi, a-t-il ajouté.

M. Macron par ailleurs rappelé une annonce faite en février: mettre fin d’ici quatre ans au système d’imams détachés, ces quelque 300 imams envoyés par la Turquie, le Maroc et l’Algérie dans les mosquées françaises, ainsi que les psalmodieurs envoyés pendant la période du ramadan.

Pour que la France puisse pallier ce manque, Emmanuel Macron a affirmé avoir « convenu avec le Conseil français du culte musulman », principal interlocuteur des pouvoirs publics, « que, d’ici à 6 mois au plus tard » ce dernier finalise un travail de « labellisation » des formations d’imams dans notre pays ».

« C’est ensemble que nous devons, dans un réveil républicain, nous opposer à ceux qui veulent nous séparer », a-t-il estimé.