Après la fermeture administrative de la mosquée d’Allonnes pour six mois, deux associations allonnaises ont été dissoutes en conseil des ministres. L’annonce est tombée mercredi 5 janvier pour le Juste Milieu et Al Qalam, présentées comme « incitant à la haine » et « proches de la mouvance islamiste radicale ».

Le 25 octobre 2021, la mosquée d’Allonnes a été suspendue par arrêté préfectoral. La préfecture de Sarthe exposait sur son site, les faits reprochés aux deux associations, le Juste Milieu et Al Qalam, qui en ont la gestion. Les dirigeant chargés de la gestion et les imams y officiant sont soupçonnés d’une « pratique radicale de l’islam » et de légitimer « le recours au djihad armé, la mort en martyr ainsi que l’instauration de la charia ».

Pour « prévenir la commission d’actes de terrorisme » la mosquée d’Allonnes a été fermée administrativement. Aujourd’hui, les deux associations gérantes de ce lieu de culte musulman ont été dissoutes. L’annonce a été faite par Gérald Darmanin sur Twitter, précisant qu’« elles incitaient à la haine et entretenaient des relations avec la mouvance islamiste radicale ».

Le décret de dissolution fait état d’un nombre considérable de faits reprochés, ayant motivé ces dissolutions. « La découverte de plusieurs ouvrages justifiant le jihad armé, promouvant la discrimination à l’égard des femmes, relayant des propos hostiles aux juifs, aux chrétiens et aux non-musulmans » ainsi que « la lapidation des auteurs d’adultère et la mise à mort des homosexuels » sont évoqués dans le décret.

Le portrait que le décret dépeint de la mosquée d’Allonnes et des deux associations en cogestion, est que ces lieux sont propices au développement du radicalisme et de l’extrémisme. Et qu’il est nécessaire aujourd’hui plus qu’avant, de mettre un terme à ce ‘mal’ qui se propage dans la société française. Pourtant, pour de nombreux Allonnais, cette décision « c’est complètement exagéré ».

« L’une des associations qui gèrent la mosquée s’appelle d’ailleurs Association allonnaise pour le juste milieu. Juste milieu : tout est dit là en terme de modération. On ne peut pas faire mieux (…) C’est très soft ici, mais l’élection présidentielle approche, alors il ne faut pas s’étonner de ce genre de choses » s’exclame un pratiquant.

D’après le ministère de l’Intérieur, la France compte 2623 mosquées et salles de prières. Seuls « 21 lieux de culte sont actuellement fermés, du fait de prescriptions administratives, d’une décision judiciaire, d’une reprise de bail de travaux ou d’une fermeture administrative ». Six autres lieux « font l’objet d’une instruction » pour fermeture. Si les chiffres divulgués par la place Beauvau, semblent dérisoires par rapport au nombre réel de lieux de cultes, une différence subsiste. Il apparaît clairement que seuls les lieux de culte et associations, rattachés à l’islam sont pris pour cible. L’acharnement politique et judiciaire, est vanté dans les prises de positions du ministre de l’Intérieur, au nom de la lutte contre l’extrémisme religieux et la radicalisation.

Les musulmans sont devenus les bouc-émissaires du gouvernement français, qui rivalise d’ingéniosité en matière d’islamophobie d’État. Pour Marwan Muhammad, ancien porte-parole et directeur exécutif du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), dissout en 2020, le gouvernement ne cible que les mosquées, et se rend coupable de discrimination. Dans un long thread sur les réseaux sociaux il dénonce le fait que l’exécutif utilise « les moyens de l’État à des fins de surveillance, de listing et d’intimidation, et de traitement discriminatoire des musulmans ».

L’élection présidentielle promet d’offrir un bon spectacle, entre les candidats centristes, de gauche et de droite, imitant l’extrême droite, quand il s’agit de traiter de l’islam de France et des musulmans.