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Dominique Vidal : « Pourquoi, quand on critique la politique d’Israël, est-on accusé d’antisémitisme ? »

Journaliste spécialiste du Proche-Orient, Dominique Vidal revient sur la résolution adoptée par le Parlement européen contre l’antisémitisme.

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LeMuslimPost : Le Parlement européen vient d’adopter une résolution de lutte contre l’antisémitisme. Qu’en pensez-vous ?

Dominique Vidal : Sur le principe, ça ne me pose aucun problème. Mais le Parlement européen s’est-il prononcé sur d’autres formes de racisme, comme l’islamophobie ? Il y a un risque de deux poids, deux mesures c’est-à-dire, de se prononcer sur l’antisémitisme et de ne pas le faire avec la même vigueur que pour les autres formes de racisme. J’ai cité l’islamophobie, mais j’ai aussi en tête le racisme anti-Roms, une plaie dans toute l’Europe centrale et orientale, et qui mérite d’être combattu.

Il est reproché à cette résolution de servir à limiter les critiques contre Israël…

Effectivement, là où ça devient très problématique, c’est la manière un peu tordue avec laquelle on intègre la critique d’Israël comme une forme possible d’antisémitisme. Il y a un mélange des genres particulièrement critiquable : par exemple, si je critique la politique de Madame Merkel ou de Vladimir Poutine, je ne suis pas qualifié d’anti-Allemand ou d’anti-Russe. Pourquoi est-ce qu’il faudrait, quand on critique la politique d’Israël, être accusé d’antisémitisme ? D’autant que si vous regardez la formulation, c’est grotesque. Celle-ci dit qu’il faudrait que la critique d’Israël soit égale à la critique d’autres pays. Ce qu’on comprend en lisant le texte, c’est que si la critique d’Israël est plus forte que celle d’autres pays, alors elle tombe dans l’antisémitisme. Mais pourquoi voulez-vous que j’attaque la politique du Luxembourg ou de la Suisse par exemple, de la même manière que je critique la politique d’Israël ? Si Israël viole de manière permanente — et c’est le cas depuis 1948 — le droit international et très largement les droits de l’Homme, on ne peut pas nous demander de rabaisser cette critique au niveau de la critique que l’on peut faire de la politique de l’Italie à l’égard de ses minorités régionales. C’est toujours la même histoire : quand on entend les dirigeants israéliens se plaindre d’être très souvent critiqués à l’ONU, il faut qu’ils sachent que c’est parce qu’ils violent très souvent les droits humains et le droit international. Et d’autres pays le sont moins car ils violent moins ces droits.

« On ne peut pas séparer les racismes et les hiérarchiser »

Comment une telle résolution a pu passer ?

Je pense qu’il y a plusieurs facteurs. D’abord, je crois que le Parlement européen n’avait pas cette question en tête comme une question centrale de son activité, donc c’est un peu passé en marge. Deuxièmement, il y a certainement eu un travail de communication assez intense de la part de groupes pro-israéliens pour faire passer ce texte. Et troisièmement — et je le dis sans acrimonie —, sans doute que la délégation palestinienne en particulier mais plus généralement, les ambassades des pays arabes — qui sont l’une et les autres concernées par la question — n’ont pas dû être très attentives, ni donc argumenter comme il le fallait. Je vous avoue m’être dit, quand j’ai vu le texte, que c’était vraiment dommage que Leïla Shahid ne soit plus représentante de la Palestine auprès des institutions européennes car je doute qu’elle eût laissé passer une chose pareille sans au moins organiser un débat qui permette à chacun de voter en pleine conscience de ce qu’il fait.

Cette résolution, censée combattre l’antisémite, peut-elle finalement avoir l’effet inverse ?

Toute condamnation de l’antisémitisme est une bonne chose. Mais on ne peut pas séparer les racismes tels qu’ils existent aujourd’hui ni, encore moins, les hiérarchiser. A ce moment-là, on alimente la concurrence des victimes et chacun, au lieu de lutter ensemble contre toute forme de racisme, se retrouve à se battre contre le racisme dont il est victime et contre les autres. 

Cette résolution peut-elle être dangereuse ?

C’est comme tous ces textes, à la fois c’est très secondaire parce que, à l’échelle de l’histoire, ce genre de petites manœuvres de couloir ne sont jamais très importantes. Mais il est vrai que cela peut servir ce qui est l’objectif numéro un de la diplomatie israélienne actuellement à savoir, combattre les groupes qui organisent la critique de la politique israélienne et, en particulier, ceux qui pratiquent le boycott, notamment la campagne Boycott Désinvestissement Sanction (BDS). Ce genre de texte permet à la propagande israélienne de s’appuyer sur des textes votés. Je ne suis pas convaincu que ce soit une catastrophe historique, mais à l’échelle de l’histoire, c’est une péripétie. Ce qui est pour moi le plus important, c’est la décision très attendue de la Cour européenne des droits de l’Homme sur la décision de la Cour de cassation en France de criminaliser la campagne BDS. Il y a eu un certain nombre de condamnations en France et les avocats de ces militants condamnés se sont adressés à la Cour européenne des droits de l’Homme pour qu’elle décide si la justice française a raison ou pas de criminaliser BDS. C’est vraiment une décision très importante, que l’on attend avec impatience. J’espère que c’est un signe : Federica Mogherini, la chef de la diplomatie européenne, a fait à plusieurs reprises des déclarations pour dire qu’à titre personnel, elle était contre le boycott mais que pour l’Union européenne, le boycott fait partie des libertés d’expression. C’est un débat qui va conditionner l’évolution de la campagne BDS, la plus efficace contre la politique israélienne.

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