Un scandale a eu lieu en Inde après que la vidéo du meurtre d’un jeune paysan musulman a fait le tour de la toile. La police lui a tiré dessus, puis l’a achevé à coups de bâtons, et le caméraman a ensuite piétiné son corps inerte.

Une nouvelle vidéo scandaleuse du calvaire que vivent les musulmans en Inde. Cette fois, c’est dans le cadre d’une opération policière dans l’Etat d’Assam, visant à « éliminer des empiètements illégaux », que s’inscrit cet événement. On voit la police tirer à l’aveugle dans des buissons où des paysans musulmans s’étaient réfugiés. L’un d’entre eux, ayant reçu une balle, sort de sa cachette. Il est ensuite encerclé par les policiers assoiffés de sang, frappé jusqu’à ce qu’il s’écroule. Puis, le caméraman piétine son corps en sautant dessus.

Une violence et une cruauté inouïes, qui mettent en relief la haine institutionnelle des forces de l’ordre de l’Etat de Ram Nath Kovind. Le chef de l’Etat indien, faisant partie d’une extrême droite hindoue violente, considère que « l’islam et le christianisme sont étrangers à l’Inde ». Et les crimes de haine commis par les autorités à l’encontre des étrangers pullulent. Un héritage séculaire de politique d’apartheid entre l’hindouisme et les religions monothéistes, certes, mais qui prend des formes plus violentes depuis la montée de l’extrême droite en Inde en 1998.

En Inde, un racisme d’Etat

En 2002, la répression des manifestations de Gujarat, des musulmans du Nord indien, a causé un millier de morts, tués par balles. La destruction de plusieurs mosquées à Delhi depuis 2019, l’existence de plusieurs camps de concentration pour les musulmans dans l’Est du pays…. La cruauté systématique envers les musulmans dans le Sud du pays est courante. Plusieurs sont réduits à l’esclavage, subissent la violence policière, ou sont simplement tués lors des pogroms devant le regard satisfait des autorités.

Cela ne s’arrête pas là. Car même dans le Nord-Ouest de l’Inde, où les musulmans ne sont pas une minorité, la vie est particulièrement difficile. Malgré une décision de la justice imposant un quota d’emploi pour les musulmans, cette dernière n’a jamais été exécutée. « Accorder le statut de castes répertoriées à ceux qui appartiennent à des communautés minoritaires encouragera la conversion et affaiblira la religion hindoue », a déclaré l’ancien ministre indien de la Justice Sociale Thawar Gehlot.

Un crime prémédité

Pour ce qui est du meurtre du jeune paysan d’Assam, le crime est clairement prémédité. Depuis plusieurs mois, les paysans réclament l’annulation de trois réformes visant la dérégulation des tarifs agricoles et la nationalisation des terres possédées par des musulmans, entre autres. Cela fait presque sept mois que la police effectue ce genre de raids, où elle terrorise les paysans, en tue plusieurs. Et, parmi les morts, une majorité sont des indiens de confession musulmane ou des travailleurs bangladais ou pakistanais. Des massacres en catimini, timidement dénoncés par les ONG, et complètement ignorés par les nationalistes indiens au pouvoir.

Ironie : le caméraman qui avait agressé le jeune homme après sa mort a été arrêté, et sera probablement le bouc-émissaire de cette affaire. Mais en réalité, des centaines de musulmans sont tués ou torturés en Inde tous les mois. De même pour les immigrés noirs d’Afrique. Une affaire récente du meurtre d’un jeune Congolais sous la torture de la police avait provoqué une crise diplomatique.

Mais du côté du gouvernement, l’assassinat du jeune paysan est tout à fait acceptable. Le ministre en chef de l’Assam, théâtre de cet acte abject, Himanta Sarma, a déclaré : « la police fait son devoir… selon mes informations, les gens ont attaqué la police avec des machettes, des lances et d’autres choses ». En observant la vidéo, on se rend facilement compte que cela est complètement faux.