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En Inde, un second mandat de Modi inquiète les musulmans

À leur habituelle réunion du soir, six professeur indiens à la retraite rivalisent de sombres prédictions sur le sort de leur minorité musulmane si le Premier ministre du pays, le nationaliste hindou Narendra Modi, décroche un second mandat.

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« Nous sommes à un doigt de devenir des citoyens de seconde classe », déclare à l’AFP Mohiuddin Azad à Azamgarh (Uttar Pradesh), ville du nord de l’Inde associée de longue date à des poètes et universitaires musulmans.

« Si Modi obtient à nouveau le pouvoir, nous sommes perdus », estime cet ex-professeur d’arabe alors que le géant d’Asie du Sud tient depuis la mi-avril et jusqu’à dimanche ses élections législatives, pour lesquelles 900 millions d’électeurs étaient appelés aux urnes. Le décompte des voix sera effectué le 23 mai.

Les nationalistes hindous du Bharatiya Janata Party (BJP) de Narendra Modi, dont la matrice intellectuelle repose sur une idéologie de la suprématie hindoue dans cette nation mosaïque, sont arrivés à la tête de l’Inde en 2014 et espèrent obtenir un second mandat de cinq ans à l’occasion de ce gigantesque scrutin, le plus grand jamais organisé dans l’Histoire.

« Le premier mandat était un coup d’essai pour le BJP. Une fois qu’ils sont reconduits au pouvoir, ils mettront en œuvre leur programme préparé de longue date », assure pour sa part Hassan Khalid Azmi, ancien enseignant de chimie.

Pays de 1,3 milliard d’habitants à 80% d’hindous, l’Inde compte cependant la deuxième population musulmane la plus importante au monde, avec 170 millions de musulmans.

Depuis l’accession au pouvoir de Narendra Modi il y a cinq ans, cette minorité se sent menacée. Plusieurs villes aux noms issus de l’héritage musulman moghol ont été renommées, certains manuels d’école modifiés pour minimiser les contributions musulmanes à l’histoire du pays.

Entre mai 2015 et décembre 2018, 44 personnes – en majorité musulmanes – ont été tuées dans des lynchages commis au nom de la vache, animal révéré dans l’hindouisme, selon un décompte de Human Rights Watch.

‘Scandale’

Les musulmans d’Inde n’ont jamais exprimé de véritable désir d’avoir un parti basé sur leur confession, estimant que les partis existants déjà peuvent les représenter. Mais la donne pourrait changer.

« Depuis l’indépendance (de l’empire colonial britannique en 1947), les musulmans n’ont jamais eu de leader », explique Asaduddin Owaisi, le plus célèbre des parlementaires musulmans et seul parlementaire de son parti All India Majlis-e-Ittehadul Muslimeen.

Les principales formations politiques indiennes, dit-il en recevant l’AFP à son domicile à Delhi, ne permettent pas aux musulmans de s’élever en leur sein. Un phénomène inquiétant pour le futur de la démocratie indienne, juge-t-il.

« La réussite de la démocratie indienne est fondée sur une démocratie de la participation, pas une démocratie de la majorité », déclare-t-il.

Le Parlement sortant ne comptait que 24 parlementaires musulmans sur 545 sièges, un plus bas depuis l’indépendance.

Le BJP n’a présenté que sept candidats musulmans – le même nombre qu’en 2014, où aucun n’avait gagné – et 30 pour le parti du Congrès de Rahul Gandhi, principale formation de l’opposition.

Lors des élections régionales de 2017 en Uttar Pradesh, État le plus peuplé d’Inde avec 220 millions d’habitants et à 20% musulman, le BJP n’avait présenté aucun candidat de cette religion.

L’actuel chef de l’exécutif de cette région dirigée par le BJP, le moine radical Yogi Adityanath, tient régulièrement des propos islamophobes et est vu par certains comme un possible Premier ministre du pays à l’avenir.

Soucieux de ne pas être perçu comme trop pro-musulman, le Congrès a aussi largement envoyé des signaux en direction de l’électorat hindou. Son président Rahul Gandhi s’est rendu dans de nombreux temples durant la campagne, pour montrer sa dévotion religieuse.

Pour Sarvar Ahmad, un responsable religieux d’Azamgargh, la marginalisation politique de sa communauté est survenue graduellement au fil des gouvernements successifs.

« Nous avons été traités de pondeurs de bébés, terroristes, parasites et de non-patriotes sous différents mandats dans l’Inde indépendante », déclare-t-il à l’AFP.

Azamgarh, ville de 450.000 habitants à 15% musulmans, compte une université pionnière de l’éducation musulmane. Mais la région a accédé à une funeste notoriété à la fin des années 2000 pour avoir été la base d’un réseau présumé d’islamistes accusé d’explosions meurtrières à travers le pays.

L’étudiant Rizwan Ashraf estime que cet événement a largement contribué à exacerber les divisions entre les différentes communautés d’Azamgarh.

« Notre espace politique s’est automatiquement réduit. Qui voterait pour des musulmans ou s’allierait avec eux lorsque nous sommes présentés comme violents et comme des terroristes ? », dit-il.

« Être musulman en Inde est comme un scandale. Tout le monde veut nous éviter. »

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