« Tous les étrangers de France ne sont pas des terroristes, tous les étrangers de France ne sont pas d’indélicats fraudeurs aux aides sociales. Dire le contraire, c’est jouer avec les peurs ! », a vivement déclaré le 19 décembre la députée LREM de la Manche Sonia Krimi à l’Assemblée Nationale. 

« Très tôt, le président de la République a fixé notre philosophie sur l’accueil des étrangers : plus d’humanité et de dignité, des réponses plus rapides et plus respectueuses », a t-elle également ajouté, critiquant un changement de position depuis. 

En effet la députée a pointé du doigt la ligne de conduite désormais adoptée envers les migrants, par le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb et le président Emmanuel Macron. 

« Les centres de rétention deviennent des centres de détention et sont indignes de notre République », a t-elle souligné, faisant référence aux nouvelles mesures du projet de loi sur l’immigration attendu pour le premier trimestre 2018.  

L’exécutif veut entre autres doubler la durée de rétention des migrants : la durée maximale des étrangers en attente d’expulsion serait étendue de 45 à 90 jours, ainsi que la durée légale de retenue administrative pour vérification du droit de séjour. 

L’intervention de Sonia Krimi a été saluée, notamment par les députés de la France Insoumise. Dans la foulée, la députée LFI Bénédicte Taurine a dénoncé la circulaire « indigne » du ministre de l’Intérieur visant à établir un recensement des personnes dans les centres qui hébergent les sans-abri. Une directive mise en place le 12 décembre dernier et que les associations dénoncent pour son « tri » et son « fichage » des migrants. 

Une notion de « pays tiers sûr » introduite dans le nouveau projet de loi

Un collectif d’associations d’aide aux plus démunis a d’ailleurs quitté le ministère de l’Intérieur lors de la présentation de ce projet début décembre, dénonçant une « atteinte aux droits fondamentaux ». Elles ont saisi le 18 décembre le Défenseur des droits, Jacques Toubon, qui estime que « certaines dispositions qui sont envisagées aujourd’hui risquent de tomber sous le coup d’une condamnation de la Cour européenne des droits de l’homme. » 

Les associations et la gauche fustigent donc ce nouveau projet de loi très controversé. D’autant que selon les informations de l’AFP, le gouvernement compte non seulement doubler la période maximale de rétention mais aussi réduire les possibilités de recours, et introduire une notion contestée de « pays tiers sûr », un pays de transit où les candidats à l’asile pourraient être renvoyés. 

Edouard Philippe et Gérard Collomb ont tenté de rassurer la majorité et se sont justifiés sur les choix adoptés en matière d’immigration. 

« Nous voulons faire en sorte que des équipes qui ne sont pas composées de fonctionnaires de police, mais d’agents des préfectures et d’agents spécialisés, après avoir prévenu les structures d’accueil, puissent venir, non pas faire le tri comme vous dites, mais identifier ceux qui pourront bénéficier d’une procédure plus rapide et plus efficace », a assuré Edouard Philippe au sujet de la circulaire. 

Le matin même, Gérard Collomb est également accueillir lui-même des réfugiés au siège parisien de l’association France Horizon. Mais pas sûr que cela ne calme la grogne.