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Interviews et Portraits

L’îlot des Combes, une micro-ferme agroécologique inspirée des valeurs de l’Islam

L’îlot des Combes, au Creusot, est un lieu d’initiation à la permaculture, à la cuisine saine et qui invite à la méditation. Un stage de découverte avait lieu du 4 au 10 août. Reportage.

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Une oasis de verdure, un havre de paix, en plein cœur de la Bourgogne. A quelques kilomètres de la ville du Creusot (71) se niche « l’îlot des Combes », crée en 2014 par trois amis, portés par l’envie « de changer le monde », à leur niveau. Petit à petit, sur plusieurs hectares, se sont construits grâce au travail des bénévoles et des professionnels, un lieu d’accueil et de vie, des gites, une bergerie, un poulailler, des ruches, un potager, un verger… faisant de l’îlot un vrai centre agroécologique. Un lieu dont Bachar, bénévole à l’îlot depuis un an, est « tombé amoureux ». 

« Moi qui suis un citadin, j’ai découvert ici un endroit plus connecté avec la nature. L’année dernière j’étais encore arachnophobe, les insectes je ne m’en approchais pas du tout », confie le jeune homme de 28 ans. Installé au Creusot depuis quelques mois, il ose désormais retirer les nids de guêpes et s’adonner à toutes les autres tâches en extérieur. 

Comme lui, bénévoles et visiteurs viennent ici s’initier à la permaculture, apprendre à cuisiner local et végétarien. Ils découvrent comment faire leurs propres cosmétiques, comment recycler meubles et vêtements… Des activités qui invitent à repenser son mode de consommation, et souvent enseignées de façon ludique.  

« Je pensais être proche de la nature mais j’en suis en réalité très éloignée »

Ce jour-là justement, c’est au « jardin de ceux qui sèment », une partie de l’îlot ou poussent plantes médicinales et arbres fruitiers, qu’une des stagiaires propose aux visiteurs de la suivre sur son « sentier pédagogique ». 

Sous un soleil de plomb, mais ravis, un couple, des jeunes filles, des mères et leurs enfants, se promènent une carte à la main. A chaque numéro inscrit, ils identifient des végétaux, devenus absents de leur vie citadine. 

Parmi eux, des plantes médicinales traditionnelles comme la mélisse qui aide à dormir ou moins connue la molène-bouillon blanc, utile pour les infections pulmonaires. 

« Pour moi c’est une vraie redécouverte des végétaux. Je pensais être proche de la nature mais j’en suis en réalité très éloignée », concède Hania, 39 ans, venue de région parisienne avec son mari. 

C’est aussi pour certains, un retour à une vie en communauté. Ici, en effet, on cuisine ensemble à tour de rôle. Avec les légumes de saison et du jardin mis à disposition, il faut composer le repas du soir ou encore confectionner les galettes du lendemain, pour le petit-déjeuner. Une activité qui permet entre autres, de créer des liens et de la convivialité. 

Musulmans, bouddhistes, scouts catholiques… un lieu de vivre-ensemble

Car l’idée c’est encore de favoriser le vivre-ensemble et les échanges. Le soir-même est d’ailleurs organisé une « veillée spirituelle », animée par Jean-Philippe Cieslak, l’un des fondateurs du lieu. 

« Depuis quatre ans, je travaille tous les jours au contact de la nature, qui est source de méditation. J’étais déjà dans une démarche écolo avant, mais être au coeur de la nature m’a encore plus rapproché de Dieu. J’ai mieux compris les versets du Coran sur la création », témoigne l’homme de 43 ans, de confession musulmane, qui invite chacun autour du feu, à s’exprimer. 

Il tient cependant à préciser qu’ici, s’invitent toutes les spiritualités. En effet, cet été, des scouts catholiques sont venus apporter leur aide, une association bouddhiste est également déjà venue séjourner.

« Les fondateurs du lieu sont musulmans et se sont inspirés des valeurs de l’Islam, mais celles-ci sont universelles : respect des animaux et de la nature, partage, bienveillance etc… C’est vrai que l’on reçoit beaucoup de familles musulmanes mais on accueille aussi des stagiaires et des bénévoles aux profils variés. Ici on se respecte, on est là pour faire quelque chose de bien autour de nous et pour la planète. C’est un peu la marque de l’identité de l’îlot », souligne Bachar qui s’occupe de la gestion du lieu et chapeaute les bénévoles. 

Travailler et apprendre ensemble, tel est le crédo du séjour. Dès le lendemain matin, le groupe se retrouve pour être initié à la permaculture, par Jean-Philippe. 

Il explique l’activité du jour : la mise en place de ‘lasagnes’. Ces différentes couches de bois, de végétaux, de fumier et de compost installées dans des bacs, permettront de faire pousser plantes et légumes grâce à un sol ‘vivant’. Un système facilement reproductible dans les villes. 

Eveil à la nature et transmission aux générations futures

« J’essaye de m’impliquer car je voudrais absolument retenir ce qui nous est transmis. Je pense qu’on devrait tous s’y mettre à cette agriculture », s’exclame Hania, enthousiasmée par l’exercice. 

« Beaucoup de familles on dû mal à changer de mode alimentaire, avant même de changer de mode de consommation. On devrait en parler plus dans les mosquées. C’est toute une éducation à refaire », ajoute cette éducatrice spécialisée. 

« Je n’avais pas envie de ‘faire la touriste’ cet été, mais de me ressourcer. Ici, cela me permet d’apprendre des choses que je pourrai ensuite appliquer au quotidien », renchérit Siham, 29 ans, originaire de Seine-et-Marne (77) et en reconversion dans l’économie sociale et solidaire. 

En effet, l’objectif principal du projet de l’îlot, est bien de transmettre des bonnes pratiques, de semer des graines dans les esprits, surtout chez les jeunes. 

« On a de la place pour accueillir vingts visiteurs en gite. Toutes les vacances scolaires, l’îlot est en général complet. Suivant leur âge, les enfants ramassent les oeufs de poules, construisent des nids d’oiseaux, font des petites activités de bricolage. On accueille aussi beaucoup de jeunes de banlieue ou en foyer, qui sont contents de faire ces activités en extérieur et débordent d’énergie », rapporte Bachar, qui a déjà d’autres projets en tête pour l’îlot, dont une épicerie bio. 

Le lieu, financé par les activités, des dons, et des prêts, devrait encore s’agrandir. Bachar et Jean-Philippe espèrent bientôt acquérir le terrain mitoyen ainsi qu’une maison, grâce entre autres, à la générosité des donateurs. Ces derniers sont également invités à simplement offrir une plante ou un arbre à l’îlot. 

Un geste fort en symbole, comme il est rappelé sur le site, avec cette exhortation du Prophète Mohamed : « Si le monde est sur le point de disparaître alors que vous pouvez planter un arbre, faites-le ! ». 

Le prochain stage de découverte de l’îlot aura lieu du 26 au 31 août 2018. Pour en savoir plus : http://www.lilotdescombes.fr/. 

© Photos : Elise Saint-Jullian et l’îlot des Combes.

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