Le Parlement hongrois a entériné hier une loi qui risque bien de faire des remous. Selon le texte, les candidats au droit d’asile ne pourront engager leur procédure que s’ils se trouvent dans des « zones de transit » frontalières. Et devront y demeurer tout le long du traitement de la demande, qui peut durer plusieurs mois. Aussitôt votée, la loi a été dénoncée par les ONG hongroises et internationales comme « inhumaine » et anticonstitutionnelle ; elle a pourtant été adoptée à la majorité absolue, à la faveur de la confortable mainmise des nationalistes, dont leur leader, Victor Orban, dirige le gouvernement. Les « zones de transit » stipulées par la loi, situées à la frontière avec la Serbie, consistent pour leur part en des conteneurs où les réfugiés devront solliciter leur demande d’asile et attendre le résultat de la procédure : en cas de refus, ils n’auront comme seule possibilité que de retourner en Serbie (non membre de l’Union européenne). Certes, cette législation n’entre en vigueur que quand les autorités du pays auront activé « l’état d’alerte » pour cause « d’émigration massive », une autre disposition adoptée fin 2015. Ce qui est déjà le cas, jusqu’à fin septembre 2017. Or, selon les estimations recoupées de différentes ONG, la Hongrie abrite à peine 400 demandeurs d’asile. Par cet état d’urgence migratoire, la Hongrie n’est disposée à recevoir qu’un maximum de 25 demandes par jour dans ces centres de transit.

Les réfugiés, « cheval de Troie du terrorisme »

Cécile Pouilly, porte-parole du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (UNHCR), a critiqué hier depuis Genève cette loi qui « viole les obligations de la Hongrie en matière de droit international et de normes européennes ». Une mesure dont la porte-parole craint qu’elle ne se traduise par de « terribles effets psychologiques et physiques sur des femmes, des enfants et des hommes qui ont déjà vécu de grandes souffrances ». Des ONG comme Amnesty International ou le Comité Helsinki ont elles aussi pointé du doigt le fait que cette nouvelle disposition fait fi de la protection des droits des mineurs, fait « sans précédent en Europe ». Des protestations qui n’émeuvent pas le moins du monde le Premier ministre hongrois. Victor Orban l’a encore assuré hier, « l’émigration est le cheval de Troie du terrorisme » et « des centaines de milliers de personnes sont actuellement en train de planifier leur venue en Europe« . Il s’est ensuite fendu d’une critique bien nourrie contre l’Union européenne, sur laquelle « la Hongrie ne peut compter » pour défendre ses frontières. La semaine dernière, son gouvernement avait annoncé le démarrage de la construction d’une nouvelle clôture à la frontière serbe, où un premier mur avait déjà été érigé en septembre 2015.