Des étudiants de Sciences-Po ont organisé, ce mercredi, un « hijab day » pour rappeler à Manuel Valls que les femmes disposent de leur corps.

Pour répondre aux propos du Premier ministre Manuel Valls sur les femmes voilées, des étudiants de Sciences-Po proposent une journée du hijab. L’initiative fait polémique.

« Tous en kippa », tel avait été le mot d’ordre lancé par le maire du XVIe arrondissement de Paris et président du groupe d’amitié France-Israël lorsqu’un enseignant marseillais s’était fait agresser parce qu’il était juif. C’était le 11 janvier dernier. La polémique avait rapidement enflé, les députés Claude Goasguen et Meyer Habib ayant décidé de venir coiffés de la kippa dans les couloirs de l’Assemblée nationale. Ce mercredi, c’est un « hijab day » que proposent des étudiants de Sciences-Po Paris, suite aux propos très durs tenus à l’encontre des femmes voilées ces derniers jours.

« Il y a autant de voile que de femmes »

En effet, entre l’intervention de Laurence Rossignol sur la mode islamique, l’appel au boycott des marques par Elisabeth Badinter et le fait que Manuel Valls parle d’asservissement de la femme voilée, les femmes portant le foulard se sont senties agressées verbalement, sans qu’on ne leur laisse la parole. Les étudiants parisiens veulent donc « démystifier ce tissu » et montrer un visage « humaniste, féministe, anti-raciste et anti-paternaliste. » Ils proposent donc à tous leurs camarades qui le souhaitent de « se couvrir les cheveux d’un voile le temps d’une journée. »

Les organisateurs indiquent sur la page Facebook de l’événement — supprimée suite à l’avalanche de commentaires haineux — qu’« il y a autant de voiles que de femmes. » Si François Hollande avait affirmé que le voile est un asservissement selon la façon dont il est porté, les étudiants de Sciences-Po estiment plutôt que « c’est la personne qui le porte qui donne une signification à son vêtement, et elle est la seule légitime à le faire. » Au féminisme symbolisé par Laurence Rossignol, ils opposent leur féminisme qui consiste à dire que « toutes les femmes devraient avoir le droit de se vêtir comme elles le souhaitent et d’être respectées dans leur choix. »

« Nous disposons de nos corps comme nous l’entendons »

« Nous disposons de nos corps comme nous l’entendons », expliquent les initiateurs de ce « hijab day », soutenu par l’association Salaam Sciences-Po, dont l’objectif est d’« apporter une vision renouvelée de l’Islam. » La toute nouvelle section du Front national à Sciences-Po parle de « la folie » d’une « bourgeoisie parisienne déconnectée des réalités sociales. » La direction de l’école assure, elle, qu’elle est « un lieu de débat », mais tient surtout à ne pas se mouiller : « La tenue de cet événement dans les murs de Sciences-Po ne saurait être interprétée comme un quelconque soutien de l’école à cette initiative », précise un communique de l’établissement.

Yassine Bannani

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