Hassad Food est le bras financier du Qatar. Il investi dans des pays comme l'Australie, l'Inde, le Soudan, le Kenya, le Vietnam, le Brésil...

Le Qatar est le deuxième pays le plus riche de la planète grâce notamment à ses ressources gazières et pétrolières importantes. Fort de cette manne financière, le pays investit sur son sol et hors de ses frontières. Il souhaite diversifier ses sources d’importations de denrées alimentaires en multipliant les acquisitions de terres. Pour cela, le pays s’est doté d’une institution financière chargée d’investir dans l’agroalimentaire : la Hassad Food Company. Cette société permet au Qatar de s’approvisionner en viande halal, ainsi 100 000 moutons sont exportés chaque année des fermes australiennes.

Le PIB annuel du Qatar est de 62 000 euros par habitant. Ses ressources proviennent essentiellement du pétrole et du gaz naturel. En 2013, le pays a exporté pour 95 Mds d’euros et a importé pour 23 Mds d’euros. Grâce à cette balance commerciale excédentaire – près de 72 Mds d’euros – l’émirat diversifie ses investissements dans des projets grandioses sur son territoire comme à l’étranger. Le pays mise par exemple sur la finance islamique ou le développement du tourisme halal. On voit ainsi émerger des programmes pharaoniques comme The Pearl, un archipel artificiel dédié au tourisme qui coûtera la bagatelle de 10 Mds de dollars !

Hassad Food Company : le bras armé du Qatar

Malgré les investissements tous azimuts, le Qatar possède un talon d’Achille : sa dépendance alimentaire. En effet, le pays importe 90% de ses denrées alimentaires. Pour faire face à cette dépendance, le pays a mis en place un plan de développement visant à faire monter l’autosuffisance alimentaire de 10% à 40% voire 60%. Afin de réaliser cet ambitieux programme, le Qatar dispose d’un « bras armé », la Hassad Food Company. Son objectif est d’investir dans des sociétés étrangères spécialisées dans l’agroalimentaire.

Ainsi, Hassad Food a investi dans de nombreux pays en Asie, en Afrique et en Australie, achetant de vastes fermes et plusieurs entreprises agroalimentaires. Elle vise désormais l’Amérique du Nord et du Sud ainsi que l’Europe. A titre d’exemple, les fermes australiennes produisent 100 000 moutons (!) par an qui sont abattus sur place puis congelés et exportés vers l’émirat. Vu le nombre important de moutons abattus, on peut se demander quelle méthode est utilisée pour abattre les bêtes : utilise-t-on l’assommage ou non ? Quels sont les organismes de certification halal et quels sont leurs critères en termes d’abattage rituel ? Ces questions resteront en suspens puisque les fermes et les abattoirs sont extrêmement sécurisés : aucun journaliste n’est parvenu à pénétrer sur ces terres et Hassad Foods ne souhaite pas communiquer sur ces processus d’élevage ou d’abattage.

Qatar : conquérir le monde

D’après l’association farmlandgrab.org qui lutte contre la mainmise des terres par de grandes firmes étrangères, Hassad Foods investi à tour de bras dans de nombreux pays. En Australie, ce sont 287 000 hectares de terres agricoles qui ont été vendues à Hassad Foods. Cette superficie représente 24% de la superficie du Qatar ! Au Soudan, ce sont 100 000 hectares qui ont été achetés récemment dans le cadre d’un projet agricole dont le coût est estimé à 1 Md de dollars. Au Kenya, 40 000 hectares appartiennent désormais à la société d’investissement.

L’appétit gargantuesque de cet émirat ne s’arrête pas là : production de riz au Vietnam, au Pakistan et en Inde, élevage de moutons et fabrication de farine en Turquie, production de bœuf, d’huile végétale et de sucre au Brésil… A présent Hassad Food se tourne vers d’autres pays pour diversifier son approvisionnement : Maroc pour les légumes, Canada pour les céréales, Amérique latine pour les céréales, la viande rouge et les volailles, l’Inde pour le riz, le café et les plats préparés.

Force est de constater que le pays semble réussir son pari de faire progresser son indépendance alimentaire. Toutefois, face à cette diversité d’approvisionnement, le Qatar arrivera-t-il à maîtriser ces processus de production et à assurer une alimentation halal à toute sa population ?

Source : ici

Yassine Bannani

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