L'harmonisation des normes halal internationales est nécessaire à l'évolution d'un marché en plein essor.

Les débats de la seconde journée du World Halal Summit 2015 à Kuala Lumpur ont concerné l’intérêt de la mise en place  d’une norme halal internationale, une standardisation globale après le constat fait d’un marché faisant trop la part belle aux indépendants qui travaillent selon leurs standards personnels.

Ainsi M. Salih Yuksel du Standards and Metrology Institute for Islamic Countries (SMIIC) a fait valoir qu’à l’heure actuelle il était très difficile de contrôler l’ensemble de la chaîne de distribution du halal en l’absence de normes communes et de traçabilité effective. Le responsable du TURKAK a pointé du doigt l’absence de compétences et de transparence d’un grand nombre d’acteurs du marché halal, qu’il a évalué à un millier de pseudos labels, expliquant en partie ce phénomène par les différences d’approche de la compréhension de la loi islamique. Il a également mis en avant le chiffre de 85% d’un marché halal dominé par les pays producteurs non musulmans et la nécessité de l’harmonisation des normes halal.

Un marché qui va vers la normalisation ?

D’après M. Yuksel ça ne fait aucun doute et les efforts faits en ce sens à Dubaï par le SMIIC vont dans le sens d’une standardisation avec comme modèle la méthodologie ISO appliquée à un standard halal. L’organisme basé à Dubaï depuis 2010 qui oeuvre pour une normalisation du halal compte dans ses rangs pas moins de 31 pays sur les 56 membres de l’Organisation Islamique du Commerce. Les derniers à avoir rejoint les rangs des discussions étant la Bosnie Herzégovine et la Malaisie. Pour Mme Al Zarooni, responsable du département accréditation de l’ESMA à Dubaï l’unification et l’harmonisation des standards du halal est nécessaire et sera un signe fort pour rassurer les consommateurs et simplifier les échanges commerciaux internationaux sur la base de normes communes. Ainsi à son sens les standards dévellopés par le SMIIC permettront d’envisager des relations meilleures avec l’industrie du halal à travers l’acceptation d’une norme commune mondiale.

Une anthropologie du halal ?

Par ailleurs les discussions ont pris un tour assez intéressant quand il a été question d’analyser la globalité de la perception du phénomène halal dans les sociétés musulmanes et non msulmanes. Le Docteur Haseeb Shabir de l’université de Hull a souligné l’absence de recherches entreprises sur ce phénomène de perception transculturelle : aucune étude globale n’accompagne la croissance de ce marché qui se dirige allègrement vers un volume estimé à 3 000 milliards de dollars. En tant que citoyens français musulmans nous ne pouvons que confirmer la nécessité de mettre en place ce genre d’études qui aidera à définir par ailleurs une identité économique musulmane commune. La compréhension des phénomènes de défiance et de rejet du halal devrait, selon lui, permettre dans un second temps d’envisager des campagnes de sensibilisation et de dédramatisation du phénomène, qui est malheureusement le corrélaire d’une incompréhension culturelle. Islamophobie, un halal qui finance le terrorisme : les stéréotypes ne manquent pas mais sont des éléments qu’il ne faut pas négliger et à prendre au sérieux, en ce sens le chercheur insiste sur la nécessité de conduire de véritables études de perception qui pourront aider à mieux cerner ce phénomène de rejet et y apporter une réponse sur le long terme. Les campagnes d’information devront s’axer sur l’intérêt du halal comme élément supplémentaire de traçabilité et de qualité à l’adresse des musulmans comme des non musulmans qui doivent pouvoir se retrouver dans ce que le halal peut offrir de meilleur.

Yassine Bannani

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