Le taux de 28 % de musulmans radicaux recensés par le rapport de l'institut Montaigne est à prendre avec précaution, précise l'auteur de l'étude.

Hakim El Karoui, l’auteur de l’étude de l’institut Montaigne sur les musulmans de France, revient sur les conclusions de son rapport utilisées à des fins malintentionnées par des politiques en vue de la présidentielle de 2017.

« Assez de frénésie ! » Voilà ce que demandait Alain Juppé à propos de l’Islam en France. Car cela tire de toutes parts sur les musulmans de l’Hexagone, et plus particulièrement depuis la sortie de l’étude de l’institut Montaigne intitulée « Portrait et sociologie des Français de confession musulmane ». De Marion Le Pen à Robert Ménard, en passant par Nicolas Sarkozy… Tous s’étaient empressés de dénoncer le radicalisme, qui créerait « un certain nombre de terroristes potentiels », selon le maire de Béziers. L’ancien président de la République avait, de son côté, estimé qu’« un quart des plus jeunes musulmans sont tentés par une forme de radicalité. » Des petites phrases lancées après que l’étude indiquait que 28 % des musulmans de France ont adopté « un système de valeurs clairement opposé aux valeurs de la République. »

Une rébellion via la religion, comme d’autres se rebellent en votant FN

Mais les mots ont un sens. Que les politiques aiment parfois détourner à des fins électoralistes. Comme le terme « charia », qui n’est employé qu’une fois dans l’étude de l’institut Montaigne, le mot « radicaux » n’est, lui, pas utilisé une seule fois pour parler de ces musulmans pour qui, selon l’étude, « l’Islam est un moyen (…) de s’affirmer en marge de la société française. » L’auteur de l’étude, Hakim El Karoui, rappelle que, « aujourd’hui, la radicalisation est devenue le point de basculement vers le terrorisme. » Or, assure-t-il, il faut plutôt parler de musulmans « autoritaires. » Plus scientifique d’après Hakim El Karoui, qui préfère utiliser ce terme pour définir « des gens qui adhèrent à des normes très dures. » Une nuance importante selon l’écrivain, signataire de l’appel des 42 pour une refonte de l’Islam en France.

Par rapport au chiffre de 28 % avancé par les politiques, l’auteur du rapport préfère lui opposer un autre taux, celui des 13 % de musulmans pour qui les lois religieuses doivent passer avant celles de la République. Si Hakim El Karoui estime que c’est « inquiétant (…) qu’ils soient aussi nombreux », le Franco-Tunisien appelle à la prudence. Notamment parce que le problème n’est pas forcément lié à la religion mais plutôt à la société. « L’étude montre que ce n’est pas qu’un sujet autour de l’islam. Il y a aussi d’autres problématiques, comme la désindustrialisation, la discrimination, la panne de la société française », estime-t-il. Selon lui, « ces personnes vont donc vers la rébellion via la religion. Chez d’autres, cela s’exprimera par un vote Front national. »

Mehdi Chaouali

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