Les Algériens ont décidé de boycotter le Hajj 2016. Le pèlerinage à La Mecque est devenu un business juteux pour les Saoudiens, bien éloigné des préceptes de l'Islam.

Les Algériens ont décidé de boycotter le Hajj, cette année, à La Mecque. Ils dénoncent l’ingérence de l’Arabie Saoudite quant à leur politique et ont pris conscience des dangers d’un pèlerinage géré de A à Z par l’Arabie Saoudite.

500 000 dinars algériens, soit environ 4 000 euros. Voilà ce qu’il en coûterait à un Algérien de se déplacer à La Mecque pour le Hajj, le pèlerinage annuel pour les musulmans. Mais cette année, les Algériens pourraient bien manquer à l’appel. Non pas à cause du prix exorbitant qu’il leur en coûterait, mais parce que la population veut dénoncer la politique saoudienne. «Le Hajj, c’est une fois dans la vie, donc le prix importe peu. Nos objections sont fondées sur des motifs moraux et éthiques », résume l’un des initiateurs d’une idée qui fait des émules : boycotter le pèlerinage musulman.

Les Algériens ne s’achètent pas

Il faut dire qu’entre l’Arabie saoudite et l’Algérie, le torchon brûle : le pays du Maghreb a refusé de participer à l’Opération Tempête décisive, menée par une coalition conduite par Ryad au Yemen. Pire, l’Algérie a osé refuser de voter le classement du Hezbollah comme organisation terroriste, un camouflet pour cette monarchie pétrolière qui a acquis d’autres voix à coup de dollars. Conséquence : les relations entre Alger et Ryad sont au plus mal. Le ministre algérien des Affaires religieuses a récemment refusé l’accès à son pays à un prédicateur wahhabite, le Cheikh Mohamed Al Arifi, accusé d’être « un promoteur de propagande au profit du groupe radical de Jamaat Al Nosra relevant d’Al Qaida en Syrie. »

Le boycott du Hajj proposé par une partie de la population algérienne soulève cependant un débat indispensable au sein de la Oumma : qu’a fait l’Arabie Saoudite du cinquième pilier de l’Islam ? Ce Hajj est d’abord géopolitique : le pays du Golfe attribue chaque année un quota de visas à chaque pays, de plus de 170 000 pour l’Indonésie à environ 10 000 pour la Tunisie. De pèlerinage, le Hajj est honteusement passé au statut de tourisme culturel. Les agences de voyage y ont vu une business juteux et les professionnels du voyage proposent désormais de visiter La Mecque comme on propose un séjour au Club Med. Et ça rapporte : chaque année, l’Arabie Saoudite engrange 40 milliards de dollars. Et les prix augmentent année après année pour les pèlerins.

L'appelle au boycott du Hajj 2016 en Algérie

Caricature du dessinateur -Z-, concernant l’appel au boycott du Hajj 2016 par les Algériens.

Pourquoi ne pas décréter un Corpus Separatum ?

« Pour moi, le Hajj c’est véritablement le summum de la foi islamique. Je me vois donc mal aller en ‘mounafike’ (‘hypocrite’) en Arabie saoudite en faisant fi de la politique dangereuse menée par les Al Saoud dans le Monde arabe », explique l’un des initiateurs de l’opération de boycott pour le Hajj. C’est là toute la question : l’Arabie Saoudite fait du profit là où La Mecque est un territoire sacré. Selon les textes, nul n’a le droit de venir en ces lieux sans être en état de sacralisation et les commerçants dont le seul but est de se livrer à son commerce à la Mecque, et ne venant donc pas ni pour le Hajj, ni pour la Oumrah, sont formellement interdits. Certes, le commerce du Hajj ne se pratique pas aux pieds de la Kaaba. Mais c’est tout comme…

De plus, l’Arabie Saoudite est, quoi qu’on en dise, une dictature : les droits des femmes y sont bafoués, les soutiens du royaume à Israël et aux terroristes en Syrie sont — c’est le moins que l’on puisse dire —troubles. Chaque année, les exécutions se succèdent. Alors que, d’après les textes, dans la ville sacrée de la Mecque, il est proscrit d’avoir sur soi des armes blanches, l’ironie veut qu’aujourd’hui le sabre soit l’arme principale des bourreaux saoudiens. Et si l’on donnait à La Mecque le statut de Corpus Separatum ? Cela permettrait de garantir à tous les musulmans du monde le libre accès à La Mecque en toute sécurité, sans avoir à passer par les Saoudiens, dont la mainmise sur le pèlerinage risque, à terme, de poser un véritable cas de conscience pour les musulmans.

Yassine Bannani

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