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Guantanamo : une pétition pour Muhammad Rahim, victime des tortures de la CIA

Muhammad Rahim est l’un des derniers détenus de Guantanamo. Alors qu’il souffre de séquelles suite à des tortures, une pétition a été lancée afin qu’il puisse recevoir un traitement médical.

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Muhammad Rahim, un Pakistanais d’une cinquantaine d’années est détenu depuis 2008 à la prison de Guantanamo. Barack Obama avait promis de fermer cette prison à Cuba, où sont retenus des djihadistes présumés liés aux attentats du 11 septembre 2011. Alors qu’ils étaient 242 prisonniers en 2009, il n’en reste plus que 41. 

Parmi eux, Muhammad Rahim, arrêté au Pakistan en 2007. Les Etats-Unis affirment que cet homme, qui parle à la fois arabe et pachto, était un interprète pour les membres d’Al-Qaïda en Afghanistan. Il aurait donc apporté un « soutien matériel pour le terrorisme », qualifié de crime par les tribunaux fédéraux américains. Lui a toujours clamé son innocence. 

« Il a été privé de sommeil, il a été suspendu au plafond par les bras »

Muhammad Rahim a ensuite été torturé pendant plusieurs mois, victime des interrogatoires les plus violents de la CIA. En août dernier, James Mitchell et Bruce Jessen, les deux psychologues qui ont aidé à concevoir ces interrogatoires ont d’ailleurs été jugés pour avoir encouragé l’utilisation de méthodes de torture comme la simulation de noyade (waterboarding), la faim ou le fait d’attacher les détenus dans des positions douloureuses. Un détenu est même mort d’hypothermie dans une cellule de la CIA en novembre 2002, après deux semaines de tortures. 

Muhammad Rahim est l’un des derniers a en avoir fait les frais. « Il a subi plusieurs formes de tortures psychologiques. Il a été affamé puis nourri juste assez pour le maintenir en vie. Il a été privé de sommeil. Il a également été suspendu au plafond par les bras. Depuis, il souffre de graves séquelles, notamment de membres déformés, car il n’a pas reçu de traitement », explique Arnaud Mafille, directeur de recherches pour l’association britannique CAGE, créée pour sensibiliser le public sur le sort des détenus à Guantanamo. 

Il y a quelques mois, CAGE et son avocat militaire ont donc soumis une pétition à l’Inter-American Commission on Human Rights (l’un des deux organismes  de l’Organisation des États américains chargés de la protection des droits de l’homme) afin que les Etats-Unis acceptent de lui apporter un traitement médical approprié, protégeant sa vie et son intégrité physique. Mais la pétition n’a toujours pas trouvé échos. 

Plus de 700 détenus sont passés par Guantanamo depuis son ouverture

Selon l’association, c’est d’ailleurs « grâce » au cas de Muhammad Rahim que la CIA a été obligée de revoir ses méthodes d’interrogatoire et qu’elle a fermé son programme de torture. « Les violences qu’il a subi n’ont servi à rien car il n’avait pas d’informations à donner. Dans le rapport du Sénat sur la torture il est écrit que la CIA n’avait pas réussi à obtenir des ‘informations utiles’ de Muhammad Rahim », souligne Arnaud Mafille. 

Pour le militant, il fait partie de ces prisonniers que les Etats-Unis refusent de libérer, alors même qu’aucune charge n’a été retenue contre lui malgré les accusations qui lui sont portées. « La loi américaine ne s’applique pas à Guantanamo », dénonce t-il. Le sort des détenus repose en effet sur des tribunaux militaires spéciaux (à la légitimité controversée) censés les juger, et non sur la justice fédérale civile.

« Depuis l’ouverture du camp en 2001, il n’y a eu aucun procès en bonne et due forme, juste des audiences préliminaires ! Toute la complexité de la situation juridique de ce camp se situe dans son idée : le but n’est pas d’y rendre la justice mais d’enfermer les gens par principe », confirmait en novembre dernier au Parisien Yves Prigent, responsable du programme « responsabilité des états et des entreprises» à Amnesty International. 

« La privation de soins médicaux est en soi une forme de torture »

A l’époque, Guantanamo devait accueillir « les pires parmi les pires » des terroristes selon Dick Cheney, vice-président de George W.Bush. 

Mais il a depuis été avéré que Guantanamo a accueilli de nombreux innocents. Et ce sont plus de 700 détenus qui sont passés par cette prison contestée, depuis son ouverture en janvier 2002. 

L’organisation CAGE soupçonne aujourd’hui que les Etats-Unis ne maintienne Muhammad Rahim simplement car il détient des informations clés sur le programme de torture de la CIA. Ses révélations pourraient ainsi mettre l’administration américaine dans l’embarras. 

« Nous espérons que le cas de Muhammad Rahim mettra en lumière la privation de soins médicaux des détenus, qui est en soi une forme de torture, ainsi que l’impossibilité pour eux d’avoir accès à une véritable justice », conclut Arnaud Mafille. 

Onze détenus ont porté plainte contre Donald Trump et dénoncent son islamophobie

Mais Muhammad Rahim n’est pas le seul à s’estimer illégalement détenu. Le 11 janvier dernier, onze prisonniers de Guantanamo ont lancé des poursuites contre le président des Etats-Unis. Pour eux, leur détention repose uniquement sur le fait qu’ils soient musulmans.

« L’opposition du président à la libération des prisonniers de Guantanamo s’inscrit en droite ligne d’autres initiatives politiques sans discernement de sa part, qui ont été annulées par les tribunaux. C’est une démonstration de son antipathie envers cette population carcérale, envers tous les hommes musulmans nés à l’étranger et envers les musulmans au sens large », est-il écrit dans la plainte, faisant référence au « muslim ban » imposé par Donald Trump et rapportant également les propos islamophobes de ce dernier. 

Les onze détenus dénoncent également la position du président américain sur Guantanamo. Donald Trump ne semble en effet pas décidé ni à libérer les prisonniers ni à les faire traduire en justice.

Il ne semble pas non plus vouloir mettre définitivement fin à Guantanamo. En effet, après l’attaque à Manhattan qui a fait huit morts et douze blessés en novembre dernier, Donald Trump a évoqué la possibilité d’envoyer l’auteur des faits, Sayfullo Saipov, dans ce fameux camp de détention. 

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