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Interviews et Portraits

Les gribouillages de Rakidd : l’actualité croquée avec humour et poésie

Rachid Sguini, auteur et illustrateur anime depuis plusieurs années un blog et une page Facebook sur laquelle il partage en dessins son quotidien et ses coups de gueule sur l’actualité. Interview.

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Rakidd, de son vrai prénom Rachid Sguini, est connu pour les aventures de son petit avatar à la grosse tête mais surtout pour ses « gribouillages » sur l’actualité. Des dessins qu’il publie régulièrement sur son blog depuis 2012 ainsi que sur sa page Facebook

En 2017 est paru son premier livre « Le Monde de Rakidd », dans lequel il illustrait les évènements marquants de ces quinze dernières années, dont le 11 septembre 2001, le Printemps arabe, les attentats du 7 janvier 2015 ou encore la crise des subprimes et le coup de boule de Zidane. 

Depuis il ne cesse de rebondir sur les évènements de l’actualité qui le touchent (voile, laïcité, migrants, racisme, antisémitisme, guerres, etc…), en y apportant à la fois un regard critique mais aussi une touche poétique, refusant de céder au pessimisme ambiant.

Dans son nouveau livre « Gribouillages ou comment je suis devenu presque moi » (Editions Faces Cachées) paru en mars 2018, Rakidd se raconte davantage. Dans une sorte de journal intime, il y évoque ses souvenirs d’enfance, ses vacances au bled, ses références culturelles héritées des années 90 et surtout comment il a réussi à devenir dessinateur. 

Rencontre avec Rakkid, un artiste un peu « bisounours », musulman, français d’origine marocaine et illustrateur (presque) engagé. 

LeMuslimPost : Qui êtes-vous ? 

Rakidd : Je m’appelle Rakidd, Rachid de mon vrai prénom. Je suis illustrateur et je travaille aussi dans la communication. Je suis passionnée de dessin depuis que je m’en souviens, c’est-à-dire depuis ma petite enfance. C’est ce que je raconte dans mon dernier livre, comment je deviens dessinateur de mes 4 ans à aujourd’hui. 

Comment définiriez-vous vos dessins ? Engagés, poétiques, humoristiques ?

Je ne sais pas si on peut dire que mes dessins sont engagés, car je ne me bats pas pour une cause particulière. Disons que je vais plus me définir comme mercenaire. Dès que l’on a besoin de moi sur une cause, je viens la défendre. Je n’ai pas un sujet de prédilection comme la défense de la Palestine ou des Rohingyas. Je peux parler de tout et je pense que c’est ce qui fait la force de ma page. On peut tous s’y retrouver. 

Je réagis sur l’actualité, sur des évènements à chaud. Dès qu’il y a un attentat, un bombardement, une loi un peu liberticide, je prends la parole car c’est le rôle des artistes de pouvoir s’exprimer la dessus. Je transforme alors en dessins ce que les gens ont à dire. Moi je me considère plutôt comme une sorte de porte-parole. 

Mes dessins ont aussi un côté plus poétique. Je pense que les dessins légers sont vraiment utiles. C’est important que les gens dans leur journée puissent avoir un message positif en regardant leur fil d’actualité Facebook. Cela fait toujours du bien.

Vous avez évoqué récemment les bombardements à Gaza mais aussi auparavant la guerre en Syrie, en Irak. Quelle est pour vous la meilleure façon de traiter ces sujets en dessins ? 

C’est toujours délicat de traiter ces sujets là. Ce qui m’importe c’est de ne pas rajouter de la haine, du stress ou quelque chose d’anxiogène. Alors j’essaye d’y mettre de la douceur. Tout le monde est dans l’émotion à ce moment là car il y a un eu des tirs, des morts, mais il faut se poser, réfléchir. A chaque attentat, j’essaye de proposer des dessins qui vont apaiser les esprits. Il faut penser aux morts et aux victimes de façon digne et ne pas être dans la surenchère. Je ne poste jamais de photos ou dessins qui pourraient heurter la sensibilité, je ne fais pas dans le racolage. 

Vous avez représenté Aylan Kurdi (le petit garçon syrien retrouvé mort sur une plage turque en 2015), en le dessinant en petit prince. Est-ce une façon pour vous de sublimer des évènements tragiques comme celui-ci ? 

Je me suis dit que si je mourais de la même façon que lui, je n’aimerais pas que l’on se souvienne de moi comme cela. J’ai voulu donner un autre point de vue, dédramatiser cet évènement déjà tragique. Je voulais redonner de la dignité à cet enfant. La plupart des dessinateurs représentaient Aylan Kurdi allongé, reposé sur la plage. Mais en fait ce n’était pas sa vie. Aylan courait, faisait des bêtises comme les autres enfants. Je voulais que l’on se souvienne de lui plutôt comme ça.

Vous avez récemment réalisé deux dessins à propos du voile. Est-ce un sujet qui vous tient à cœur ? 

Oui car la polémique autour du voile est très française. Les gens à l’étranger ne comprennent pas le problème que la France a avec le voile. On est sur ce sujet depuis des décennies. La vie des filles de ma génération, qui ont grandi et qui ont commencé à mettre le voile, a changé. Certaines sont persécutées, perdent leur travail, se font insulter. Dans mon dernier dessin, je montre mon ras-le-bol justement, suite au harcèlement de Maryam Pougetoux, la présidente de l’UNEF. 

Même si Internet est un peu un défouloir de haine, j’espère que mes dessins peuvent aider à dénoncer et apporter du soutien aux musulmanes. Certaines partagent mes dessins sur leur murs. Je pense que cela peut être une façon plus simple d’exprimer leur colère que par un long texte.

Vous évoquez votre enfance et vos vacances au Maroc quand vous étiez petit dans votre dernier livre. Vous puisez donc aussi dans votre quotidien et votre vie personnelle pour réaliser vos dessins ? 

C’est principalement le quotidien qui m’inspire. Cela se fait beaucoup au feeling, suivant ce qu’il se passe dans ma vie privée. Les petits dessins du quotidien les gens s’y retrouvent très facilement. Et d’ailleurs ils ne sont pas partagés que par des musulmans. Tous les dessins que j’ai fait en rapport avec la culture arabo-musulmane sont souvent aimés par des non-musulmans. Je pense que mes dessins rassemblent. Je fais aussi beaucoup de posts sur Noël, car c’est une période que j’adore même si je ne le fête pas. J’ai par exemple dessiné les chocolats que je mange en regardant le fameux film « Maman j’ai raté l’avion ». 

Qu’est-ce qui vous inspire en ce moment dans l’actualité pour vos prochains dessins ? 

J’aimerais bien parler des grèves mais cela a été abordé à plusieurs reprises déjà. Parfois j’essaye quand même à certaines périodes de l’année de traiter de sujets plus légers pour ne pas que ma page ne devienne anxiogène elle aussi. Par exemple en ce moment j’évoque souvent le Ramadan, le manque de café pour les jeûneurs, les préjugés sur le jeûne etc. Le dessin sur le café a d’ailleurs été partagé des milliers de fois. Je redémarrerai après le Ramadan avec des sujets plus graves, car je sais que les polémiques sont loin d’être finies.

 

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