La religion au travail pose de nombreuses questions aux managers. Robert Badinter estime qu'il faut l'encadrer dans le Code du travail.

Robert Badinter veut que l’on parle de la religion au travail, lors de la réforme du Code du travail qui sera proposée en mars prochain. Bonne ou mauvaise idée ?

C’est une première. Alors que le sujet n’était pas, jusqu’à présent, abordé dans le Code du travail, Robert Badinter a remis un rapport au gouvernement sur le droit du travail, dans lequel il souligne l’importance de « la liberté du salarié de manifester ses convictions, y compris religieuses. » Autrement dit, un salarié n’a pas à cacher sa religion dans une entreprise sous prétexte de laïcité. De plus, rappelle Robert Badinter, cette liberté « ne peut connaître de restrictions que si elles sont justifiées par l’exercice d’autres libertés et droits fondamentaux ou par les nécessités du bon fonctionnement de l’entreprise. » Ce qui signifie qu’une entreprise aura le droit de demander à un salarié de ne pas porter certains signes religieux s’ils mettent en péril l’accomplissement de son travail.

Des congés pour les fêtes religieux ? pourquoi pas !

Au-delà de l’ironie du sort qui veut que ce soit le mari d’Elisabeth Badinter — la philosophe n’est pas très au fait de la définition de la laïcité — qui aborde ce sujet, il est primordial aujourd’hui de légiférer sur le sujet. Plus par pédagogie d’ailleurs que par volonté de restrictions. En effet, selon les chiffres de l’Institut Randstad et de l’Observatoire du fait religieux en entreprise (OFRE), « 50 % des managers ont été confrontés au fait religieux en France en 2015. » Absences lors des fêtes religieuses, port de signes ostentatoires… Bien souvent, les managers sont désarmés face à ces situations, ne sachant pas comment réagir. La faute à une méconnaissance totale de la loi sur la laïcité, qui n’interdit en rien de montrer son appartenance à une religion dans le monde de l’entreprise privée, contrairement à ce que semble penser Manuel Valls

Mais alors, pourquoi ce débat n’a-t-il jamais été abordé auparavant ?« Avant, on s’autocensurait sur les propos d’appartenance religieuse », explique Thierry-Marie Courau, doyen de la faculté de théologie de l’Institut catholique de Paris. Désormais, parce que la laïcité est malmenée en ce moment certainement, la religion devient un véritable débat dans le milieu professionnel. Pourtant, selon l’OFRE, 80 % des cadres trouvent légitime une autorisation d’absence, pour qu’un salarié puisse célébrer l’Aïd par exemple. Si la loi sur le travail est revue et corrigée et qu’elle abordera le thème de la laïcité, il faut qu’elle permette à chacun des employés des sociétés de pouvoir travailler sans aller à l’encontre de sa religion.

Le Code du travail ne parle actuellement pas de religion

Les entreprises ne sont pas laïques

« C’est la République, et non la société, qui est laïque », rappelle à ce propos Marie-Hélène Zorn, responsable des pratiques sociales et réglementaires France chez BNP. La laïcité n’a pas sa place dans le privé, c’est le principe de la liberté de religion qui doit être mis en avant : « Croire, ne pas croire, dévoiler ses croyances, extérioriser les signes religieux », résume la dirigeante chez BNP, qui admet cependant que des restrictions peuvent être apportées « au cas par cas, justifiées, proportionnées et légitimées par un impératif professionnel. » Le gouvernement, à la ramasse actuellement sur le sujet de la laïcité, a intérêt à ne pas apporter de restrictions trop nombreuses sur le sujet, dans le Code du travail. Sans quoi « la société française (…) se déchirera », prévient Delphine Horvilleur, rabbin et journaliste.

Quelle place pour le fait religieux en entreprise ? (ici)

Pierre Z. Lajarge

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