Alors que le monde musulman célèbre aujourd’hui la fête du Sacrifice d’Abraham, la grande majorité des Palestiniens de Gaza, à défaut de pouvoir s’acheter un mouton, fait preuve de créativité pour respecter le rite.

Mohammed Hadido, un Gazaoui d’une quarantaine d’années, a dû se contenter d’acheter une part de bovin, qu’il dépècera et fera cuire pour marquer, à sa manière, l’Aïd el-Adha aujourd’hui. « C’est la seule manière que j’ai trouvée de suivre le rituel religieux », confie-t-il à l’agence de presse chinoise Xinhua. « Les conditions économiques difficiles que l’on connaît à Gaza m’empêchent d’accomplir le sacrifice depuis trois ans maintenant », poursuit-il.

Il est loin d’être le seul dans la Bande de Gaza. Y commémorer le sacrifice d’Abraham devient un luxe que peu de Gazaouis peuvent s’offrir. La pauvreté fait des ravages depuis que le blocus imposé par Israël depuis 2007 a conduit 60% de la population à vivre dans l’insécurité alimentaire. Sur près de deux millions d’habitants, des centaines de milliers doivent recourir à l’aide alimentaire étrangère pour nourrir leur famille. Un rapport de la Banque mondiale situe d’ailleurs la Bande de Gaza au troisième rang des pays de la région en termes de pauvreté, après le Soudan et le Yémen.

Le crédit, l’ultime recours pour acheteurs et vendeurs

Et même si le prix des animaux de sacrifice ont relativement baissé cette année, le faible pouvoir d’achat général n’a pu permettre aux habitants de Gaza d’en profiter, dont 42% se trouvent officiellement au chômage. « J’ai acheté une part de vache pour 1 500 shekels israéliens [soit environ 355 euros]. A crédit, sur les dix prochains mois », précise Mohammed Hadido à Xinhua. C’est le seul recours qu’a trouvé ce père de famille : acquérir et se partager, avec cinq de ses amis, une vache. Et donc, rembourser à crédit le montant de sa part.

C’est aussi le seul recours à disposition des marchands de bétail, qui préfèrent être payés par versements mensuels que de se retrouver avec un stock dont l’entretien (alimentation, surveillance, etc.) est générateur de coûts supplémentaires. L’un d’eux, Mohammed Abou Ajwa, exprime sa frustration face à la majorité des têtes de bétail qui lui reste encore sur les bras. « Seuls les riches peuvent se permettre d’acheter un animal. Nous sommes obligés d’accorder des crédits pour vendre nos animaux, sinon nous aurons à subir des frais additionnels d’alimentation et de gardiennage », explique-t-il à l’agence de presse chinoise. Un bétail pour sa grande part importée d’Europe via Israël, renchérissant d’autant les coûts supportés par les commerçants.

Yassine Bannani

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