Ce vendredi 6 octobre 2017, le ministre de la Défense du régime al-Sissi en Egypte a rendu visite à son homologue français Jean-Yves Le Drian à Paris. Selon la communication officielle du Quai d’Orsay, les deux hommes ont échangé au sujet de la « médiation » en Libye, d’une « solution politique au conflit syrien » ains que de la « réconciliation palestinienne » en cours. Au-delà de l’agenda officiel, la normalisation des relations entre la France et le régime dictatorial du maréchal, arrivé au pouvoir par un coup d’Etat en juillet 2013, ne choque plus grand monde. Le 5 juin dernier, la ministre française des Armées, Sylvie Goulard, avait rendu visite au maréchal al-Sissi pour le rassurer sur le soutien de la France et pour parler coopérations militaire et sécuritaire sur fond de contrats d’armement qui s’élèvent déjà à plus de 6 milliards d’euros.

La somme continue de soulever des interrogations tant elle parait déconnectée des réalités économiques du pays. Selon l’agence officielle des statistiques Central Agency for Public Mobilisation and Statistics, près de 28 % de la population égyptienne vit sous le seuil de pauvreté et ce taux n’a cessé d’augmenter depuis les trois dernières années, au point d’atteindre son plus haut niveau depuis 2000. Ces commandes d’armement de la part d’un pays qui n’en a pas les moyens s’explique par le fort soutien de l’Arabie Saoudite et des Emirats arabes unis qui paient l’apport égyptien nécessaire à la confirmation de la commande de Rafales. La France se positionne de nouveau comme un soutien stratégique d’une dictature du monde arabe et les leçons censées avoir été tirées depuis la chute de Ben Ali sont déjà oubliées. De son côté, al-Sissi s’est empressé de trouver de nouveaux soutiens suite au refroidissement des relations avec l’allié traditionnel américain.

Message à l’Egypte: la répression peut continuer, les Egyptiens peuvent toujours espérer

Entre temps, la répression continue et les prisons égyptiennes ne désemplissent pas d’opposants politiques au régime : 60 000 d’entre eux y croupissent déjà et la terreur instaurée par le régime ne promet rien de bon, pour les organisations de défense des droits humains. L’Union Européenne ne semble pas avoir entendu l’appel d’Amnesty International pour la fin des ventes d’armes au régime ni son autre appel pour mettre un terme à la criminalisation des ONG. Emmanuel Macron, malgré l’appât du gain sur le dos des Egyptiens, peut avoir des raison des raisons de s’inquiéter tant le régime, pour reprendre l’expression de Stéphane Lacroix, chercheur au CERI, « fait le lit des terroristes. » L’achat par le maréchal Sissi d’une respectabilité auprès des Occidentaux est passé par les contrats d’armements comme le font ses sponsors saoudiens et émiratis depuis des décennies. Mais quelle valeur auront ces contrats si al-Sissi ne parvient plus à se maintenir au pouvoir à cause de la non-tenue des promesses de développement et le doute qui gagne la communauté des affaires qui le soutient ?