Dans l’édition 2019 de ses travaux « sur la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie », la commission relève un paradoxe: « Alors que la minorité noire est avec la minorité juive celle qui a la meilleure image », selon son baromètre sur la tolérance des Français, « elle est en butte au quotidien à des préjugés offensants et des discriminations nombreuses ».

« Sur les réseaux sociaux ou dans les stades, s’exprime un racisme antinoirs extrêmement cru, animalisant et violent, construit par opposition à une norme blanche », constate-t-elle dans ce rapport remis jeudi matin au Premier ministre.

Et de citer une enquête commune de deux instituts publics portant sur les descendants d’immigrés établis en France: « les Noirs, aux côtés des Maghrébins subissent plus de discriminations que le reste de la population: ce serait le cas de 31% des personnes originaires des DOM (départements d’outre-mer) et de 47% des immigrés originaires d’Afrique subsaharienne ».

Selon la Commission, « c’est tout à la fois une histoire, une culture et un ensemble de préjugés qui sont à la racine du racisme antinoirs ».

« Comme la lutte pour l’égalité femme-homme, le combat contre le racisme envers la minorité noire nécessite une prise de conscience du phénomène par la société dans son ensemble, une décolonisation des esprits », écrit la Commission.

Le rapport a été bouclé en mars, avant les manifestations de ces dernières semaines contre le racisme et les violences policières organisées par le comité Adama Traoré, jeune homme noir mort en juillet 2016 après son interpellation par des gendarmes en région parisienne.

Ces manifestations s’inscrivent dans un mouvement mondial lancé par la mort aux Etats-Unis de George Floyd, un quadragénaire noir asphyxié par un policier blanc lors de son arrestation le 25 mai à Minneapolis.

  – Contrôles policiers abusifs –

Les Noirs, note la CNCDH, occupent « encore trop souvent une place subalterne dans la société française ». Ainsi elle relève « une distribution fonctionnelle des tâches avec une surreprésentation des personnes noires dans les métiers peu qualifiés »: femmes de ménage, nourrices, aides-soignantes pour les femmes; éboueurs, vigiles, tâches très physiques pour les hommes.

La commission rappelle aussi une enquête du Défenseur des droits (2016) selon laquelle les personnes « qui se considèrent comme noires », lors d’un contrôle d’identité, sont « davantage victimes de comportements non conformes à la déontologie policière et courent davantage le risque d’être tutoyées, insultées, voire brutalisées ».

Ces personnes « considèrent que les forces de l’ordre sont un danger potentiel, en particulier pour les jeunes hommes, et que les contrôles policiers abusifs sont devenus une routine », quel que soit leur milieu social, a constaté la CNCDH dans le cadre de ses auditions.

Dans ses recommandations, elle enjoint donc les pouvoirs publics « de développer des enquêtes permettant de mieux connaitre les discriminations »; de développer les outils comme les testings, « en particulier dans les services publics, les commissariats et les gendarmeries. »

La CNCDH conseille aussi de lancer des « campagnes de communication contre les stéréotypes envers les personnes noires, notamment en montrant leur diversité sociale, économique et professionnelle ».

Il faudrait « axer davantage les programmes scolaires sur les racines multiculturelles de la France et leurs apports à la culture nationale », selon la CNCDH qui recommande au Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) « d’encourager la représentation des hommes et des femmes noires, y compris dans des fonctions d’expertise. »