Le franc CFA, en vigueur en Afrique, est en réalité indexé à l'euro. Chaque année, la France empoche des millions d'euros sur le compte de l'Afrique.

Le « CFA » est le nom donné à deux monnaies utilisées en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale. Des monnaies arrimées à l’euro par un système de parité garantie par la France.

Depuis 1945, le franc CFA — comprendre Colonies Françaises d’Afrique, son appellation initiale — est l’un des principaux moyens de paiement en Afrique. Mais l’utilisation du franc CFA a un prix : chacun des 15 pays qui a adopté cette devise doit gentiment déposer 50 % — le taux était de 65 % avant 2005 — de ses réserves monétaires sur le compte du Trésor français. Même si le franc CFA a été renommé franc de la Communauté Française d’Afrique en 1958, la France garde la mainmise sur la politique monétaire de la région, faisant subir à ces pays des choix économiques dictés directement par Paris. La France ira même jusqu’à décider unilatéralement de la dévaluation du franc CFA comme ce fut le cas en 1994.

Le franc CFA profite aux investissements et aux bien mal-acquis

Il y a donc actuellement environ 8 000 milliards de francs CFA stockés au Trésor public, soit plus ou moins 12 milliards d’euros.Le Trésor français consent néanmoins, dans sa grande mansuétude, à faire des avances mais qui en aucun cas ne peuvent dépasser 20 % des recettes budgétaires. Néanmoins, dans un élan de générosité, la France rémunère les banques centrales africaines en intérêts, sans oublier de se servir au passage grâce à des placements privés. Des sommes dégagées au profit de la France qui représentent plusieurs centaines de millions d’euros. Pire, la part d’intérêts versée aux pays inféodés au CFA est comptabilisée dans… l’Aide française au développement ! Dépouillés de la moitié de leurs recettes, les pays africains de la zone franc se retrouvent ainsi dans une situation économique et sociale très difficile, d’autant plus que la France leur impose un contrôle des dépenses publiques pour que l’approvisionnement du compte d’opérations de la France soit garanti.

Hier lié au franc français, le CFA est aujourd’hui directement lié à l’euro, c’est-à-dire que la valeur du franc CFA sur les marchés mondiaux dépend de celle de la santé de l’euro. Autrement dit, les pays africains de la zone franc n’ont pas le contrôle de leur politique de change et subissent les fluctuations du cours de la monnaie unique européenne. Les recettes de leurs exportations doivent être converties en euros avant de l’être en francs CFA, ce qui signifie que si la conversion entre l’euro et les monnaies étrangères fluctue, les recettes des pays africains de la zone franc subissent les fluctuations de leur monnaie sans pouvoir intervenir. Les principes de convertibilité et de libre circulation des capitaux favorisent également la fuite des capitaux de l’Afrique vers la France. Les entreprises françaises installées dans les pays africains de la zone CFA pouvant rapatrier à leur guise leurs liquidités vers la France sans entrave au profit des élites africaines choisies par la France afin qu’ils puissent s’acheter des biens qui, selon les caprices de la France, seront des investissements ou… des biens mal-acquis.

Vous avez dit stabilité ?

Et même si l’Union Européenne a indiqué que « les avantages de l’intégration économique au sein de chacune des deux unions monétaires de la zone franc CFA, et plus encore entre eux, sont restés remarquablement bas », il n’en demeure pas moins que certains trouveront toujours les mots pour argumenter sur les bienfaits d’une telle situation qui n’est en réalité que du « colonialisme économique », entretenu de tous temps par la Françafrique. Et même si l’argument des « bienfaits » du franc CFA tourne souvent autour de sa stabilité par son rattachement à l’euro, effectivement l’Afrique caracole de façon « stable » en tête en matière de malnutrition, d’alphabétisation et de pauvreté en général. Des pays qui manquent d’eau et qui sont pour la plupart à des niveaux d’électrification inférieurs à 50 %. Effectivement, on peut parler de « stabilité » car, depuis l’indépendance, s’il y a une chose qui demeure stable c’est bien le « foutage de gueule » de la France.

Pierre Z. Lajarge

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