En comparant Saint-Denis à un « Molenbeek-sur-Seine », Le Figaro Magazine « stigmatise les populations de Saint-Denis, de Molenbeek, mais aussi de tous les quartiers populaires », selon un élu de la ville.

Cette semaine, Le Figaro Magazine consacre sa couverture à Saint-Denis, en voulant démontrer qu’il s’agit d’un Molenbeek français. Avant sa sortie, cette une fait déjà polémique.

« Molenbeek-sur-Seine », voilà le sympathique surnom donné par Le Figaro Magazine à Saint-Denis, en référence à la banlieue bruxelloise qui avait accueilli les terroristes de Paris et de Bruxelles. Une nouvelle couverture qui promet de tout dire sur « l’islamisme au quotidien » dans la capitale de Seine-Saint-Denis. Jean-Christophe Buisson, directeur adjoint du magazine, promet « un reportage glaçant et édifiant » de Nadjet Cherigui, suite à « trois mois en immersion chez les barbus. » Suite aux retours négatifs sur cette couverture orientée — on y voit deux femmes voilées devant la basilique de Saint-Denis, laissent entendre que le Grand remplacement, c’est pour bientôt —, le directeur adjoint a déploré, sur son compte Twitter, « ces gens qui s’agitent, maugréent, (m’)injurient à propos d’une enquête qu’ils n’ont pas (encore) lue. »

Une couverture « qui stigmatise la population de Saint-Denis »

Sauf que la une à charge sur la ville de Saint-Denis ne donne pas vraiment envie de lire cette enquête. Du côté de Saint-Denis, on s’insurge. Comme Madjid Messaoudene, qui nous dit être « ulcéré. » « Mon sang n’a fait qu’un tour », explique le conseiller municipal délégué de Saint-Denis, qui assure que sa ville « mérite mieux que ça. » Pour l’élu du Front de gauche, « avec cette couverture qui stigmatise les populations de Saint-Denis, de Molenbeek, mais aussi de tous les quartiers populaires, on devine quel est le but recherché une nouvelle fois : diviser les gens et faire de l’Islam (…) le principal ennemi et danger. »

Le conseiller municipal met ensuite Le Figaro Magazine et les médias devant leurs responsabilités. « Si demain avec cette une et d’autres, à Saint-Denis et ailleurs, des musulman(e)s sont insulté(e)s ou agressé(e)s, ces médias porteront une lourde responsabilité », dit-il. Madjid Messaoudene estime que le magazine aurait pu s’intéresser aux vrais problèmes de la ville — chômage, éducation, transports, santé — et rappelle que, à sa connaissance, « aucun élu n’a été sollicité. » Le chroniqueur de l’émission « Les Zinformés » sur Beur FM ajoute : « Pour ma part, je ne laisserai personne salir de la sorte une population en raison d’une appartenance ethnique ou religieuse, réelle ou supposée. » Avant de conclure qu’il s’agit, à ses yeux, d’une « incitation à la haine. »

Yassine Bannani

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