Chaque année, les politiques se bousculent pour participer au dîner du Crif. De droite comme de gauche. Si la présence de Manuel Valls à cet événement n’avait pas surpris, lors des éditions précédentes, tant l’ex-Premier ministre n’a cessé de rappeler son « lien éternel avec Israël », celle de Benoît Hamon hier soir a étonné. Certes, Roger Cukierman n’est plus le président du Conseil représentatif des institutions juives de France, lui qui estimait que, en France, « toutes les violences antisémites sont commises par des jeunes musulmans » et avait même déclaré qu’une élection de Jean-Marie Le Pen en 2002 aurait pu servir « à réduire l’antisémitisme musulman et le comportement anti-israélien, parce que son score est un message aux musulmans leur indiquant de se tenir tranquilles. » Mais Francis Kalifat, son successeur, a prouvé hier soir que, plus qu’une organisation représentative du judaïsme, le Crif représentait surtout Israël.

Or, Benoît Hamon a promis, s’il est élu, de reconnaître l’Etat palestinien. Si le discours de Francis Kalifat a parfois été rassembleur — il a rappelé l’importance de « lutter contre toutes les haines: des Arabes, des Noirs, des musulmans, des Roms, des homosexuels et des blancs » —, le patron du Crif n’a pas hésité à rappeler qu’« Israël est discriminé, c’est sa capitale, Jérusalem. » Opposé au Front de Gauche, notamment à propos de BDS, le Crif n’avait pas invité Jean-Luc Mélenchon. Francis Kalifat a affirmé qu’il était « choqué de voir s’appliquer dans notre pays une décision européenne demandant un étiquetage spécifique des marchandises provenant des territoires, oserai-je dire (sic), de Judée et Samarie, du Golan et de Jérusalem-Est. » Avant de déclarer, en liant consciemment antisionisme et antisémitisme, que « ceux qui ont, en France un problème avec les juifs et Israël ont presque toujours un problème avec la démocratie et inversement. » En écoutant le discours de Francis Kalifat, et en sachant que le Front de Gauche était absent à cause de sa « haine d’Israël », tout comme Yannick Jadot parce qu’il ne s’est pas prononcé sur le boycott des produits israéliens, on remarque une fois de plus que ce dîner était éminemment politique. La présence de Benoît Hamon pose donc logiquement la question de ses convictions réelles.