La mort de George Floyd, un quarantenaire noir mort asphyxié sous le genou d’un policier blanc le 25 mai, a fait naître à travers le pays la plus forte mobilisation depuis le mouvement pour les droits civiques dans les années 1960.

Et a poussé plusieurs villes à interdire des pratiques controversées, comme la prise d’étranglement, voire, comme à Minneapolis où George Floyd est mort, à annoncer le démantèlement des forces de l’ordre.

Dans ce pays déjà à vif, la mort sous les balles d’un policier blanc d’un autre Afro-américain, Rayshard Brooks, vendredi soir a poussé la maire de la ville d’Atlanta à annoncer à son tour, vibrante de colère, des réformes.

S’il a jugé ce décès « très dérangeant » et a déploré la mort de George Floyd, Donald Trump a depuis le début des manifestations esquivé le débat sur le racisme, tout en faisant l’éloge de « la loi et l’ordre ».

Dans un jeu d’équilibriste, le républicain, qui jouera sa réélection en novembre, continue de défendre fermement la police en même temps qu’il va désormais l’encourager à évoluer.

Sans entrer dans le détail, le président américain a indiqué lundi que son décret, dont il dévoilera les détails vers midi, portera sur la « loi et l’ordre » mais aussi « la justice » et la « sécurité ».

Des responsables de la Maison Blanche ont précisé qu’il souhaitait encourager les « bonnes pratiques » dans la police, notamment en liant l’attribution de subventions fédérales à la modernisation des normes de maintien de l’ordre dans les milliers d’unités de police locale.

Le décret présidentiel devrait également pousser les forces de police à embaucher plus d’agents venant des quartiers où ils patrouillent, et créer une base de données qui permettrait de signaler les policiers ayant été épinglés pour leurs mauvaises pratiques.

Mais il ne devrait pas répondre aux réformes plus profondes réclamées par les manifestants qui se mobilisent depuis des semaines à travers le pays.

– Des tirs au Nouveau Mexique –

Une indignation accentuée encore par plusieurs affaires récentes, dans un climat tendu.

Le shérif du comté de Los Angeles, Alex Villanueva, s’est ainsi engagé lundi à mener une enquête « poussée » sur la mort d’un jeune homme noir retrouvé pendu à un arbre la semaine dernière.

Initialement, les autorités avaient considéré que Robert Fuller s’était suicidé à 24 ans. Sous la pression de la famille, elles ont fait machine arrière et ordonné une autopsie.

Au Nouveau-Mexique, dans le sud des Etats-Unis, un homme a été grièvement blessé lundi par des tirs lors d’un rassemblement, alors qu’une milice d’extrême droite, « lourdement armée » selon les autorités, était venue contre-manifester.

Les manifestants à Albuquerque réclamaient le déboulonnement d’une statue du conquistador espagnol Juan de Onate. Alors qu’ils tentaient de la renverser; un petit groupe de cette milice d’extrême droite s’est interposé et des heurts ont éclaté, selon le Albuquerque Journal.

Pour aller plus loin que son décret, Donald Trump lui-même pourrait renvoyer la balle vers le Congrès où démocrates et républicains négocient en coulisses depuis plusieurs jours. Mais l’entente entre les deux partis reste délicate.

Les démocrates, qui contrôlent la Chambre des représentants, ont déposé il y a une semaine un texte de loi qui s’attaque, entre autres, à la large immunité dont jouissent les policiers et interdirait les prises d’étranglement.

Il pourrait être adopté dès la semaine prochaine à la chambre basse mais il est très peu probable qu’il passe en l’état l’étape du Sénat, à majorité républicaine, ou soit promulgué ensuite par Donald Trump.

Le seul sénateur républicain noir, Tim Scott, compte de son côté présenter un projet de loi, peut-être dès mercredi.

Soucieux de parvenir à un texte qui puisse être adopté par les deux chambres puis approuvé par le président républicain, il ne devrait pas inclure notamment la question épineuse de l’immunité ou l’interdiction pure et simple des prises d’étranglement.

Ces deux textes devraient servir à démarrer d’âpres négociations au Congrès, qui pourraient durer.