L'INED publie une étude inédite sur le racisme en France. Selon les chercheurs, les enfants d'immigrés ne sont pas égaux, même entre eux.

C’est une étude exceptionnelle et passionnante qu’ont réalisée 22 chercheurs de l’Institut National d’Études Démographiques (INED). Une étude qui fait un état des lieux sur le racisme et sur sa perception par les victimes de racisme.

Au-delà de l’impression quotidienne de certaines catégories de Français d’être victimes de racisme, le rapport des chercheurs – avec des données récoltées pendant plus de six mois, entre 2008 et 2009 – vient confirmer ou infirmer les idées reçues sur le racisme. Mais le constat est bel et bien là : « Ce sont toujours les mêmes groupes qui apparaissent en situation de désavantage ! », expliquent Cris Beauchemin, Christelle Hamel et Patrick Simon, les directeurs de l’étude.

Ces chercheurs ont étudié l’impact de l’origine ethnique sur la vie personnelle et familiale, mais aussi sur les parcours scolaire et professionnel des personnes immigrées ou qui descendent d’immigrés installés en France. Et ce n’est pas une surprise : ce sont les descendants de migrants du Maghreb, de Turquie et d’Afrique subsaharienne qui sont le plus souvent au chômage. Des personnes qui, indique l’étude, « se sentent le plus victimes de discriminations dans le milieu professionnel. » Les Français issus de l’immigration et venant de ces régions du monde « sont particulièrement concentrées dans les zones urbaines sensibles et l’habitat social », indique l’INED.

Tous égaux à l’école ? Pas vraiment !

Le racisme a-t-il diminué ou s’est-il amplifié depuis les premières vagues d’immigration ? L’INED s’est posé cette question en comparant la situation des enfants d’immigrés à celle de leurs parents. L’institut assure que la situation a connu une légère amélioration avec le temps, mais démontre qu’il existe une différence entre les fils et les filles d’immigrés : les garçons assurent qu’ils occupent « des situations inférieures » à celles de leur père, alors que les filles affirment être dans une meilleure situation que celle de leur mère à l’époque. Mais on est encore loin du « tous égaux. » Et plus particulièrement à l’école, qui est décidément le lieu de toutes les inégalités. L’INED a démontré que les fils d’immigrés ont « plus de risque de redoubler voire de sortir du système scolaire sans diplôme que les autres. » Les chercheurs dénoncent : « Tout se passe comme si l’institution scolaire ne produisait pas de désavantages liés à l’origine pour les filles, mais en créait pour les garçons ou se montrait dans l’incapacité de les juguler. » Et ces inégalités sur les bancs de l’école, les garçons la ressentent.

Des immigrés qui se sentent français

Là où l’enquête est nouvelle, c’est qu’elle a demandé aux immigrés qui ont obtenu la nationalité française à quel point ils se sentaient français. Cette « francité », si elle est présente, estiment que leurs nouveaux compatriotes ne la perçoivent pas. Ainsi, l’enquête indique que la moitié des immigrés originaires d’Afrique qui ont obtenu la nationalité française estime qu’on ne les voit pas comme des Français. Et c’est la même chose pour les enfants d’immigrés. Pourtant, la « francité » est très forte, même chez les immigrés n’ayant pas obtenu la nationalité française : ils sont 56 % d’étrangers vivant sur le sol de l’Hexagone à déclarer « se sentir Français. »

Le racisme en France étudié à la loupe: se sentir Français mais ne pas l’être pour les autres (ici)

Yassine Bannani

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