Le degré de religiosité serait-il un critère important pour postuler pour un travail ? A priori oui, à en croire l’étude « Anti-Muslim Discrimination in France: Evidence from a Field Experiment », dirigée par Marie-Anne Valfort. L’économiste a comparé le taux de succès de postulants à des offres d’emploi en fonction de leurs religion. La chercheuse a étudié plus de six-mille offres et y a fait répondre des candidats fictifs. Cette étude offre permet de « comparer les taux de rappel des immigrants de culture musulmane et chrétienne originaires du même pays et dont la religiosité varie de non religieux à religieux », peut-on lire dans l’introduction.

Pour les moins croyants, si Marie-Anne Valfort note « un désavantage insignifiant pour les musulmans », la chercheuse assure que « les musulmans perdent davantage de terrain quand ils sont religieux, tandis que l’inverse se produit pour les chrétiens. » Par conséquent, apprend-on dans cette étude, « les musulmans religieux doivent soumettre deux fois plus de demandes que les chrétiens religieux avant d’être rappelés par les recruteurs. » Pour éviter les préjugés sur les Maghrébins ou les Africains, la chercheuse a soumis aux recruteurs les CV de candidats fictifs ayant grandi au Liban, « un pays largement connu pour son pluralisme religieux. »

En résumé, donc, les discriminations à l’embauche sont aussi confessionnelles et pas seulement ethniques. La chercheuse à l’origine de l’étude assure qu’il existe « un effet musulman », qui serait fondé sur une discrimination partiale et localisée. Mais c’est surtout la pratique assidue de l’Islam qui effraie les recruteurs. « La discrimination à l’embauche antimusulmane est statistique : les recruteurs ne font pas de discrimination contre les musulmans non religieux, mais ils font de la discrimination contre les musulmans pratiquants à moins qu’ils ne soient exceptionnels », indique Marie-Anne Valfort.

Pour être certaine de ses résultats et parce que la confession n’apparaît pas sur un curriculum vitae, l’économiste a envoyé des CV classiques avec, en plus, dans la catégorie « centres d’intérêts », des précisions sur la religiosité des candidats fictifs : ainsi, le chrétien était actif au sein des Scouts de France là où le musulman agissait chez les Scouts musulmans et le juifs chez les Eclaireurs israélites.

Marie-Anne Valfort veut ainsi démontrer qu’il existe bien une discrimination antimusulmans en France. La chercheuse assure d’ailleurs que cela peut avoir des conséquences dramatiques : « Un consensus a émergé parmi les experts de l’Islam radical en France et au-delà, selon lequel la discrimination anti-musulman opère comme un catalyseur dans le processus de radicalisation », conclut-elle.