Depuis son élection à la Maison-Blanche, le comportement de Donald Trump n’a eu de cesse d’être scruté. Dès les premiers mois de son investiture, de ses prises de décisions et propos parfois loufoques, des experts ont demandé une expertise psychologique de Donald Trump.

Le livre Feu et Fureur, du journaliste Michael Wolff, bien que critiqué pour ses approximations, confirme les doutes sur la santé du président. Il révèle que Trump est incapable de se concentrer ou de lire une note simplifiée. Travailler avec lui revient à « essayer de deviner ce que veut un enfant », aurait confié à l’auteur Katie Walsh, une responsable républicaine. D’autres témoignages, le plus souvent anonymes rapportent aussi que le président peut raconter les mêmes histoires « trois fois en dix minutes ».

En février 2017 John Gartner, professeur de psychiatrie à l’université John Hopkins a même lancé une pétition (plus de 69 000 signatures à ce jour) appelant à la destitution du président. Il a estimé que Donald Trump n’était pas « psychologiquement capable » d’assurer ses fonctions. John Gartner et plusieurs de ses confrères ont diagnostiqué chez Donald Trump « un narcissisme malfaisant », s’exprimant par un trouble de la personnalité antisociale et un caractère paranoïaque, des caractéristiques déjà évoqué dans le cas d’Adolf Hitler. 

« Je ne dis pas que Donald Trump est comparable à Hitler. Mais de façon manifeste, ils ont en commun des traits psychologiques qui devraient inquiéter. C’est mon évaluation professionnelle », déclarait John Gartner au magazine Sciences et Vie. 

Donald Trump est également considéré comme impulsif, colérique, agressif et névrotique. Donald Trump présente, selon plusieurs psychiatres, tous les traits d’une personnalité de pervers narcissique, notamment par une exagération de ses réalisations, par ses fantasmes de succès illimité et son besoin incontrôlé d’être admiré. 

« Toute ma vie, mes deux plus grands atouts ont été ma stabilité mentale et mon intelligence » rétorque Trump

Son incapacité à reconnaître par exemple, que la cérémonie de son investiture a rassemblé moins d’Américains que celle de Barack Obama, est également selon les experts, une preuve d’une personnalité psychotique. Malgré les chiffres de la ville de Washington et les photos dans les médias, Donald Trump a toujours soutenu que « des millions de personnes » avaient assisté à la cérémonie. Dans ses tweets souvent accompagnés d’insultes, il qualifie aussi le plus souvent chaque information de « fake news ».

« Ses symptômes largement rapportés d’instabilité mentale – y compris la grandiosité, l’impulsivité, l’hypersensibilité aux affronts ou des critiques, et une apparente incapacité à distinguer le fantasme de la réalité – nous conduisent à remettre en question son aptitude à répondre aux immenses responsabilités que lui incombent sa fonction », écrivaient aussi  à Barack Obama fin 2016, des professeurs de l’école de médecine de Harvard et de l’Université de Californie. Ils ont ainsi demandé « une évaluation médicale et neuropsychiatrique complète » de Donald Trump. 

Pour sa défense, Donald Trump a déclaré lors d’un meeting à Colorado Springs : « Je pense avoir le meilleur tempérament ou certainement l’un des meilleurs tempéraments s’étant jamais assis au bureau présidentiel. » « Toute ma vie, mes deux plus grands atouts ont été ma stabilité mentale et mon intelligence », a-t-il également écrit sur twitter début janvier suite à la parution du livre sur les coulisses de la Maison-Blanche. 

La « Goldwater Rule » remise en question

Mais certains experts ont aussi choisi de rester prudent et de respecter la « Goldwater rule », propre aux Etats-Unis. Celle-ci indique que les psys ne peuvent pas commenter l’état de santé d’une personne qu’ils n’ont pas examiné eux-mêmes et sans son consentement. Une règle qui remonte à 1964, lorsque 1.189 psychiatres avaient estimés que Barry Goldwater, candidat républicain à la présidentielle n’était pas apte à devenir chef d’état. Une étude avait été réalisée par un magazine sur la base d’un questionnaire auquel 80% des psychiatres n’avaient pas répondu. Ce rapport biaisé lui avait coûté sa place de président. Ainsi, face à cette polémique, «l’Americain Psychiatric Association » a créé la Goldwater rule, instaurée en 1973. 

Mais depuis l’élection de Trump, de nombreuses personnes demandent à revenir sur cette règle. Dans une lettre publiée dans le New York Times en février 2017, trois semaines après l’investiture de Donald Trump, 35 psychiatres, psychologues et travailleurs sociaux s’en sont pris à la Goldwater rule: «Ce silence nous a empêché de prêter notre expertise à des journalistes inquiets et à des membres du Congrès en ces temps critiques. Nous craignons que l’enjeu ne soit trop grand pour continuer à rester silencieux.»

Fin juillet 2017, huit mois après l’élection de Donald Trump, une autre association de psys, l’American Psychoanalytic Association a envoyé un email à ses 3.500 membres pour leur dire qu’ils n’avaient pas à se plier à cette règle et qu’ils pouvaient donc commenter l’état de santé mentale de Donald Trump, mais seulement au sein de l’association.

Bientôt une commission pour évaluer la santé mentale des présidents ?

Un élu démocrate du Maryland, Jamie Raskin, veut également faire adopter un texte de loi visant à créer une commission pour évaluer la santé mentale des présidents, afin d’autoriser le vice-président et la majorité du gouvernement à mettre un terme aux fonctions du chef de l’État en cas d’incapacité à gouverner, comme le prévoit le 25e amendement de la Constitution. 

En plus des psychiatres, de nombreux élus s’inquiètent d’ailleurs au sujet de la santé de Donald Trump. Le Washington Post révélait en juillet dernier, une conversation privée entre deux sénateurs américains, le démocrate Jack Reed et la Républicaine Susan Collins. Ils évoquaient leurs inquiétudes sur la santé mentale du président. « Je pense qu’il est fou, et je ne le dis pas à la légère, comme s’il était juste un peu cinglé », a confié le sénateur démocrate à sa collègue. « Je suis inquiète », a répondu cette dernière.

Suite à toutes ces polémiques, Donald Trump devrait effectuer une visite médicale en fin de semaine. Mais ce bilan ne comportera a priori pas d’examen psychiatrique, comme la fait savoir la Maison-Blanche. Donald Trump, qui a toujours un soutien important de la part des Républicains, sera peut être même « protégé » jusqu’à la fin de son mandat. En effet, le silence avait été gardé sur la polio de Franklin Roosevelt jusqu’à sa mort et l’Alzheimer de Ronald Reagan n’avait été révélé au public qu’après son départ de la Maison-Blanche.