A l’heure o​​​ù la thématique migratoire agite le débat politique pré-campagne présidentielle, deux membres du Conseil d’analyse économique ont remis au Premier ministre une note préconisant la relance de l’immigration en France, avec une nouvelle approche.

Emmanuelle Auriol et Hillel Rapoport, deux auteurs du Conseil d’analyse économique (CAE), un service rattaché à Matignon, ont publié mardi 09 novembre une note appelant à « repenser la politique migratoire ». Alors que l’immigration est aujourd’hui très mal perçue en France, et au-devant de la scène publique, surtout abordée sous un angle identitaire, ces membres du CAE vantent les bienfaits de l’immigration dite « qualifiée »

« L’immigration en France est, comparativement à celle des autres pays de l’OCDE, peu qualifiée, peu diversifiée et peu nombreuse. Or une somme considérable d’études économiques démontre les bienfaits d’une immigration de travail qualifiée et diversifiée » souligne le document. 

D’après les auteurs, en favorisant ce type d’immigration, la France aurait tout à gagner, tant sur le plan économique que social. L’immigration n’est pas un problème mais plutôt une solution. En effet, le manque de travailleurs étrangers qualifiés pénalise la croissance économique à long terme dans l’Hexagone. En intensifiant l’accueil de talents étrangers, la créativité, l’esprit d’entreprise et l’innovation seront boostés.  

Un nouveau système

Pour faire face à la pénurie de main d’oeuvre qualifiée, et sortir du cercle vicieux, dans lequel la France s’est embourbée, Emmanuelle Auriol et Hillel Rapoport prêchent pour la réévaluation, dans un premier temps, des dispositifs existants, notamment le « passeport talent ». Créé en 2016 pour favoriser l’accueil des jeunes qualifiés, ce document peine à se faire connaître des talents qu’il vise. Les statistiques administratives ont montré que seuls 13.500 passeports ont été délivrés en 2019, ce qui « ne permet pas d’inverser la tendance d’une immigration peu qualifiée, peu diversifiée et faible en volume ». 

Si la France veut réussir le pari de l’intégration des talents étrangers, et de toutes les personnes issues de l’immigration, l’accueil sur le territoire national doit être amélioré. Pour se faire, les auteurs recommandent de tirer profit des expériences des pays de l’OCDE. Ils appellent à la mise en place d’un système d’immigration à points, inspiré de celui en vigueur au Canada par exemple. En diversifiant les origines des immigrés, il sera plus facile de cibler les compétences nécessaires.  

Quid de la perception négative de l’immigration ?

« Malgré des initiatives en faveur de l’immigration de travail, et notamment du travail qualifié, l’immigration familiale demeure le principal motif des visas accordés en France » décrit la note. En réalité, le motif économique arrive bien derrière le motif familial et la délivrance de titres de séjour aux étudiants. 

Même avec la promotion de l’immigration de travail, la peur de l’Autre, en particulier s’il est maghrébin ou plus généralement africain, suscite le rejet et l’exclusion. Le pays des droits humains et des Lumières a beaucoup à faire pour faire reculer le racisme, l’islamophobie et la xénophobie, des valeurs bien trop ancrées dans la société française. La diversité n’est qu’un lointain mirage. La réalité a montré que lorsqu’il est question d’étrangers, dont la culture est différente, l’alibi politique est agité. Le retrait de la récente campagne du Conseil de l’Europe sur « la liberté dans le hijab » illustre bien cela.