Un institut de formation professionnelle à Valence, en Espagne, a interdit à une étudiante voilée d’entrer en cours. SOS Racismo accuse la direction d’« islamophobie sournoise. »

« Tu ne pourras pas entrer en classe avec le voile. Soit tu l’enlèves en entrant et tu le remets en sortant, soit tu quittes l’institut ». Tels sont les propos que le directeur d’un institut de formation professionnelle de Valence, en Espagne, a tenus à l’encontre de Takwa Rejeb, une étudiante espagnole de 24 ans. Le port du hijab ne lui avait auparavant jamais causé de problème : ni à l’Université, quand elle suivait un cursus en ressources humaines, ni même au lycée. Alors qu’elle venait d’être acceptée pour suivre une formation professionnelle en tourisme, elle a été prise à parti par le directeur de l’établissement dès le jour de la rentrée. « Il m’a dit : ‘Avec ça, tu ne pourras pas étudier’. Je n’ai pas compris ce qu’il entendait par ‘ça’, je pensais qu’il parlait de mon téléphone portable. Jamais je n’ai cru qu’il visait mon voile », relate Takwa au quotidien espagnol El Mundo.

Officiellement, l’institut justifie sa décision par le fait que ce voile contrevient au règlement interne : il y est strictement interdit d’avoir la tête couverte. Aucun couvre-chef de quelque nature que ce soit n’est donc toléré – sauf pour raison médicale. Une disposition qui semble en l’occurrence avoir été prise au pied de la lettre. Mais Takwa n’a pas été convaincue. Soupçonnant des motifs d’ordre discriminatoire, elle a fait appel à SOS Racismo, au Centre islamique de Valence et au Mouvement contre l’intolérance. « Ce n’est pas une enfant, il s’agit là d’une jeune femme de 24 ans, de nationalité espagnole, qui n’a jamais eu de problème nulle part à cause de son voile », commente Francisco Solans, l’avocat de SOS Racismo.

Une posture contraire à l’article 14 de la Constitution espagnole

La suspicion de Takwa et de ses défenseurs pourrait être confirmée : son cas n’est pas inédit à Benlliure. « Il y a eu trois autres filles voilées avant moi qui ont été sermonnées : la première s’est désistée, la seconde a changé de centre et la troisième a abandonné ses études », poursuit l’étudiante. « Dans le règlement interne, il est aussi indiqué très clairement qu’il faut respecter autrui, sa liberté religieuse et le vivre-ensemble. Je ne suis pas une opprimée, porter le voile est un choix de vie que j’ai fait librement », souligne-t-elle encore. « Pourriez-vous sortir en laissant votre bras à la maison ? » lance-t-elle à la journaliste qui l’interroge. « Eh bien pour moi, c’est pareil sans mon voile ! » Pour l’avocat de SOS Racismo, l’obstination de la direction du centre « ne peut qu’être motivée par une islamophobie sournoise ». Bien que Takwa espère que l’affaire se règlera à l’amiable, alors qu’elle n’est plus retournée au centre depuis une semaine, l’association n’écarte pas de porter l’affaire devant la justice.

Du côté des politiques, un soutien inattendu a été trouvé en la personne de Monica Oltra, députée et présidente du mouvement politique Initiative du peuple valencian. « Obliger une personne à enlever son voile est contraire à l’article 14 de la Constitution », affirme-t-elle. Un article qui stipule textuellement que « les Espagnols sont égaux devant la loi et ne peuvent faire l’objet d’aucune discrimination pour des raisons de naissance, de race, de sexe, de religion, d’opinion ou pour n’importe quelle autre condition ou circonstance personnelle ou sociale ». L’élue valenciane persiste : « Je ne tolère pas qu’une personne – une femme – soit obligée de porter un vêtement contre sa volonté. Mais je ne tolère pas plus qu’on oblige quelqu’un à s’en défaire contre son gré. (…) Nous devons être égaux dans la diversité. »

 

Yassine Bannani

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