Un Chinois membre de la minorité musulmane des Ouïghours, qui avait affirmé avoir été contraint d’espionner ses coreligionnaires pour le compte des autorités chinoises, a été blessé par balles à Istanbul, ont rapporté les médias turcs mardi.

L’homme, Yusufujrang Aimaitijiang, a été blessé au bras et à l’épaule lorsqu’un homme armé a ouvert le feu sur lui lundi soir, avant de prendre la fuite dans un quartier d’Istanbul où la victime s’était rendue auprès d’un ami, a indiqué l’agence privée DHA.

Il a été hospitalisé dans un état qualifié de « grave », selon la même source.

Selon des membres de la communauté ouïghoure en Turquie, Yusufujrang Aimaitijiang était aussi connu sous les noms de Yusupjan Emet et Yusuf Amat.

Sous le nom de Yusuf Amat, il avait accordé début 2019 une interview à la chaîne panarabe al-Jazeera dans laquelle il avait affirmé avoir été forcé par les autorités chinoises à espionner des Ouïghours à l’étranger entre 2012 et 2018, notamment en Turquie, en Afghanistan et au Pakistan.

Il a affirmé que les autorités chinoises l’avaient fait chanter pour agir de la sorte, en menaçant de torturer sa mère après l’avoir détenue.

Les défenseurs des droits humains accusent la Chine d’avoir interné dans des camps dans la province du Xinjiang plus d’un million de personnes, appartenant principalement à l’ethnie des Ouïghours.

Selon une étude de l’Institut de politique stratégique (ASPI) en Australie, publiée en septembre, les autorités ont « plus de 380 lieux de détention présumés » au Xinjiang.

Le chiffre constitue une augmentation d’environ 40% par rapport aux estimations précédentes, tandis que de nouvelles constructions et des travaux d’agrandissement ont récemment eu lieu, d’après l’étude.

La Chine dément l’existence de « camps de détention » au Xinjiang, et affirme qu’il s’agit de « centres de formation professionnelle », destinés à aider la population à trouver un emploi et ainsi l’éloigner de l’extrémisme religieux.

La Turquie, qui abrite quelque 50.000 réfugiés ouïghours, a des liens linguistiques et culturels avec ce peuple musulman et turcophone.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a pris position en leur faveur, même s’il s’est abstenu de fâcher Pékin avec des accusations directes.