En Inde, l’Etat de l’Uttar Pradesh veut limiter le nombre de naissances. Derrière une loi a priori normale se cache en réalité une volonté de viser les populations musulmanes.

Après la loi sur la citoyenneté, notamment votée par le gouvernement indien pour déchoir de leur nationalité des musulmans installés en Inde depuis des décennies, l’Etat de l’Uttar Pradesh se prépare à l’amendement d’une nouvelle loi tout aussi discriminatoire à l’encontre des musulmans. Officiellement, les autorités locales veulent réduire leur population, qui ne cesse de croître.

Pour inciter les foyers à faire moins d’enfants, l’Etat de l’Uttar Pradesh va interdire à tout parent de plus de deux enfants d’être fonctionnaire, de se présenter aux élections régionales ou encore de bénéficier des aides publiques. Avec ses 1,35 milliard d’habitants, l’Inde n’a jamais, au contraire de la Chine, imposé de politique de natalité. En Uttar Pradesh, on compte près de 220 millions d’habitants et les foyers font en moyenne 2,7 enfants.

Mais très rapidement, cette loi sur la natalité s’est imposée comme une arme politique. L’Uttar Pradesh est un des Etats dirigés par le parti au pouvoir, le très nationaliste parti hindou BJP, qui multiplie les propos haineux à l’encontre des musulmans. Pour le Premier ministre, réduire les naissance est donc important démographiquement, mais cela ressemble aussi selon lui à une « forme de patriotisme ».

De quoi laisser craindre le pire aux populations musulmanes de l’Uttar Pradesh, déjà largement harcelées par les autorités locales. Rien de paranoïaque : le chef du gouvernement et moine hindouiste Yogi Adityanath a clairement indiqué que les musulmans seraient la principale cible de cette nouvelle loi. Avant les élections régionales du printemps, il estime qu’il faut revenir à un « équilibre entre les différentes communautés religieuses ». Autrement dit, en Inde, les Hindouistes craignent un « grand remplacement » par des musulmans qui feraient plus d’enfants que les Hindous.

Pourtant, les chiffres montrent que cette croyance, si elle a la peau dure, notamment au sein des milieux les plus extrémistes, n’est qu’une rumeur : les musulmans représentent à peine 14 % de la population indienne. Un chiffre qui monte difficilement à 20 % dans l’Etat de l’Uttar Pradesh. Si le taux de fécondité des musulmans est légèrement plus élevé que la moyenne, il reste proche de 2,7.

Le moine extrémiste Yogi Adityanath n’en est pas à sa première mesure contre les musulmans. Par peur des conversions à l’islam, il avait sorti une ordonnance pour interdire les mariages interconfessionnels sans l’accord de la justice. Un musulman qui désirait épouser une Hindoue risquait jusqu’à dix ans de prison.