Une application, créée par des nationalistes hindous, a mis en vente, à leur insu, des femmes musulmanes. Une action symbolique qui montre à quel point les musulmans sont harcelés en Inde.

L’application s’appelle « Sulli Deals ». « Sulli » est, pour les hindous nationalistes les plus extrémistes, une façon de désigner les femmes musulmanes. Dans ce supermarché de femmes musulmanes, plusieurs Indiennes ont vu leurs photos publiées à leur insu dans la rubrique des « affaires du jour », rapport le site de la BBC. Une opération de « trolling », certainement, mais qui montre à quel point, chaque jour, il est difficile d’être musulman en Inde.

Plusieurs femmes musulmanes, prévenues par des amis, ont très vite remarqué qu’elles avaient été mises en vente sur ce site. L’application a fonctionné pendant trois semaines et, bien sûr, aucune des femmes dont la photo a été affichée sur celle-ci n’étaient au courant. « J’ai compté 83 noms. Il pourrait y en avoir plus », a déclaré une victime, apeurée, à la BBC.

Le site britannique précise évidemment qu’aucun « deal » n’a vraiment été effectué, mais insiste sur le fait que « le but de l’application étant simplement de dégrader et d’humilier ». L’hébergeur de l’application, gratuite, a fait fermé l’appli après plusieurs plaintes, mais a pris son temps… « Nous avons suspendu les comptes des utilisateurs suite à l’enquête sur les rapports de telles activités, qui violent toutes nos politiques », a simplement expliqué GitHub.

Une action un peu tardive. D’autant que les femmes présentées sur l’application étaient toutes connues pour leurs positions : défense de la communauté musulmane, prises de positions, journalistes ou chercheuses… Elles sont subi un harcèlement qui a provoqué, pour certaines, la désactivations de leurs réseaux sociaux pour éviter le buzz.

Facebook, TikTok et Twitter doivent s’engager contre le harcèlement

D’autant que les coordonnées de plusieurs victimes de l’application ont été partagées. Certaines d’entre elles ont décidé de porter plainte, mais il sera difficile que l’enquête aboutisse, les créateurs de l’application étant pour le moment inconnus. En effet, des fausses identités ont été utilisées par les développeurs.

La police évite généralement de trop pousser les enquêtes. Et les auteurs d’actions anti-musulmans restent généralement impunis. Comme lorsqu’une chaîne YouTube a, en mai dernière, à la fin du ramadan, proposé une émission de « vente aux enchères » de femmes musulmanes. Des femmes musulmanes avaient, encore une fois, été jetées en pâtures et les internautes avaient voté et commenté leur corps. Des menaces de viols avaient alors été proférées.

La situation en Inde, pour les musulmans, et particulièrement les femmes, est difficile. Le gouvernement multiplie les propos islamophobes en toute impunité et le harcèlement en ligne est légion. Les femmes musulmanes ne peuvent donc en appeler aux autorités indiennes et se tournent désormais vers les réseaux sociaux. Deux-cents artistes, journalistes et responsables gouvernementaux du monde entier ont écrit une lettre ouverte aux patrons de Facebook, Google, TikTok ou encore Twitter pour éviter que de tels actes ne se reproduisent.