Le procès de la jeune héroïne syrienne, Sarah Mardini, et de 23 humanitaires collaborant avec l’ONG Emergency Response Center International débute ce jeudi 18 novembre. Leur crime est d’avoir sauvé des vies, lors d’opérations de sauvetage de demandeurs d’asile et de migrants au large de Lesbos.  

Depuis trois années déjà, Sarah Mardini et 23 bénévoles humanitaires sont accusés de crimes horribles par la justice grecque. La Grèce a décidé d’arrêter et de poursuivre ces personnes, accusées de trafic humain, blanchiment d’argent, fraude et espionnage et même d’appartenir à une organisation criminelle. Le procès s’ouvre ce jeudi 18 novembre à Lesbos et les accusés, à tort, encourent jusqu’à 25 ans de prison, la durée maximale d’incarcération prévue par la justice grecque. 

Aux origines de l’affaire

Sarah Mardini, une réfugiée syrienne et Sean Binder, un humanitaire allemand sont sur le banc des accusés. Leur procès est à l’image de la politique migratoire punitive mise en place par le gouvernement grec depuis 2019, pour faire face à l’arrivée des réfugiés et demandeurs d’asile. En réalité, derrière les charges retenues contre eux, c’est un procès sur le droit à la vie. En ayant sauvé des vies de personnes migrantes, ils sont jugés aujourd’hui.

En 2015, Sarah Mardini et sa sœur, toutes deux nageuses et réfugiées syriennes, ont sauvé près d’une vingtaine de passagers de leur embarcation à la dérive. Ils tentaient de rallier les côtes grecques, pour fuir la guerre en Syrie. La jeune Sarah était animée par un seul désir: aider ceux qui mettent leur vie en p​éril pour atteindre l’Europe. Aujourd’hui, elle risque d’en payer le prix fort. Sean Binder est également poursuivi pour avoir sauvé des vies lors d’opérations de sauvetage.

Arrêtés en 2018 par les autorités grecques, ils sont libérés sous caution après 100 jours passés en prison. Cette affaire est emblématique de la crise migratoire sévissant depuis de nombreuses années aux portes de l’Union européenne. Elle montre jusqu’où les autorités grecques sont prêtes à aller, pour dissuader toute personne de venir en aide aux migrants et réfugiés. 

Un procès « grotesque »

Pour Nils Muiznieks, directeur du bureau régional pour l’Europe à Amnesty International « Les accusations portées contre eux sont ridicules et n’auraient jamais dû déboucher sur un procès ». Elles montrent que les autorités grecques sont prêtes à utiliser tous les moyens, pour empêcher les associations et ONG de défense des droits humains, venant en aide aux migrants, et réfugiés, d’opérer. 

Le représentant d’Amnesty international a ajouté que « Les vies de Sean et Sarah sont en suspens, et leur futur est compromis simplement parce qu’ils ont témoigné de la solidarité et de la compassion à des personnes dans le besoin. Sarah et Sean ne doivent pas payer le prix de la cruauté de la Grèce aux frontières européennes ». 

Ce procès n’est qu’un cas parmi tant d’autres. Des centaines de personnes comme Sean et Sarah sont poursuivies en justice, dans toute l’Europe. Les gouvernements européens ont rivalisé d’ingéniosité pour empêcher le travail humanitaire visant à aider les personnes en mouvement. La liste est longue, et les mesures punitives, restrictives et même répressives ne cessent d’augmenter. Elles constituent de graves entraves aux droits fondamentaux et libertés de la personne. Mais cela ne dissuade en aucun cas les Etats européens, qui continuent à bafouer les valeurs et principes, pour lesquels autrefois, ils se sont battus.