Alors que l’Allemagne célébrait hier la « Journée de lutte contre le racisme antimusulman », les actes islamophobes sont de plus en plus nombreux.

Ce jeudi 1er juillet avait lieu la « Journée de lutte contre le racisme antimusulman » en Allemagne. Une journée mise en place depuis douze ans et la mort de Marwa el-Sherbini, à Dresde. En plein tribunal, l’Egyptienne de 31 ans avait été tuée de dix-huit coups de couteau par un Allemand de 28 ans. Après que le meurtrier avait crié que sa victime était une « terroriste », simplement parce que voilée, le procureur de Dresde avait expliqué qu’« il s’agit d’un meurtre xénophobe, commis par un xénophobe fanatique ». Lors de son procès, l’Allemand avait indiqué, à propos des musulmans, que « ces gens-là » pouvaient être insultés, voire tués, car ils n’était pas « de véritables êtres humains ».

Un meurtre islamophobe qui avait ému la communauté musulmane. « C’est extrêmement important car pour la première fois l’Allemagne reconnait qu’une personne a été tuée en raison de son appartenance religieuse. Il est donc de notre rôle, en tant que musulmans, de pointer le doigt sur ce phénomène qui gagne toujours de l’ampleur », affirme le président du Conseil islamique d’Allemagne, Burhan Kesici, à l’agence Anadolu.

A l’occasion de la « Journée de lutte contre le racisme antimusulman », mise en place chaque 1er juillet depuis le meurtre de Marwa el-Sherbini, le leader du Conseil islamique d’Allemagne fait le point sur l’islamophobie outre-Rhin. Et le bilan est inquiétant : Burhan Kesici estime que l’islamophobie continue de prospérer en Allemagne. Il regrette que les dirigeants politiques manquent de courage pour lutter contre le phénomène.

Selon Burhan Kesici, l’assassinat de l’Egyptienne n’était pas le premier acte islamophobe mortel. Bien que l’Allemagne ait fait un grand pas en affirmant le caractère islamophobe du meurtre, il ne faut pas oublier que, bien avant, d’autres morts ont été enregistrés, à cause de l’appartenance religieuse des victimes. « Après le meurtre de Marwa, les Allemands ont reconnu l’existence de l’islamophobie dans le pays et ont estimé que le sujet devait être débattu. C’est pourquoi ce drame représente une date essentielle que les musulmans ne doivent pas oublier », nuance le leader de la communauté musulmane.

Les actes islamophobes en hausse de 8 %

Ce 1er juillet a donné lieu à de petites manifestations. Mais, regrette Burhan Kesici, « depuis le meurtre de Marwa, l’islamophobie ne cesse de se renforcer chaque jour un peu plus. Malheureusement, les politiciens ne luttent pas suffisamment contre ce danger ». Quant aux Allemands non-musulmans, ils étaient trop peu à célébrer cette journée. Le patron du Conseil Islamique d’Allemagne déplore la couverture médiatique des actes islamophobes à travers le monde. En Allemagne, dit-il, peu de place est laissée dans les médias à ce qui se déroule au Canada par exemple.

Mais c’est surtout dans son propre pays que ces meurtres et agressions contre des musulmans sont étouffés. « Pas besoin de regarder ailleurs, il y a assez d’islamophobie et de violences antimusulmanes en Allemagne. Mais la société allemande n’en est pas consciente, malgré la hausse des attaques contre nos mosquées, nos lieux de culte et les femmes voilées », explique-t-il. Il y a douze ans, le meurtre de Marwa avait d’ailleurs été peu relayé dans les journaux, faisant bondir les musulmans qui s’était mobilisés par leurs propres moyens.

Tout n’est pas à jeter, cependant. Le gouvernement « tente de faire quelque chose », admet le leader à l’agence AA. Mais celui-ci pointe le manque de sérieux et l’opposition de certains partis politiques qui tentent de minimiser l’islamophobie.

Pourtant les chiffres sont là : d’après un rapport du Département fédéral des crimes et du ministère allemand de l’Intérieur, l’an dernier, les crimes antimusulmans ont été en hausse de 8% par rapport à l’année précédente. Plus de 1 000 crimes antimusulmans ont été enregistrés. On dénombre notamment une centaine d’attaques contre des mosquées.