La situation des réfugiés Rohingyas, hissée à juste titre en crise humanitaire majeure, a disparu des agendas politiques internationaux. Pourtant, ce peuple pourchassé et persécuté du Myanmar, ayant trouvé refuge au Bangladesh, voit ses droits encore bafoués. 

En mai dernier, le Haut Commissariat pour les réfugiés exhortait la communauté internationale ​à renouveler son soutien en faveur des civils qui ont fui le Myanmar, et ne pas se détourner du sort des réfugiés rohingyas. Le porte-parole de l’Agence onusienne, Andrej Mahecic, avait même déclaré que « cette crise ne doit pas tomber dans l’oubli ». Malgré les signaux d’alerte envoyés par les Nations-Unies, témoignant de son inquiétude face à l’aggravation de la vulnérabilité de ces réfugiés, leur situation ne semble pas s’améliorer.

En réalité, le monde a décidé de regarder ailleurs, en dépit du caractère extrême de leurs conditions de vie et des atrocités commises à leur encontre. Seules les organisations de défense des droits humains, et les agences onusiennes, poursuivent le combat, pour rétablir d’une part, les droits de cette communauté, généreusement accueillie par le Bangladesh, et fournir l’aide humanitaire nécessaire à leur survie, d’autre part. 

Une crise complexe et profonde

La crise a éclaté au grand jour en 2017, au Myanmar, lorsqu’une minorité musulmane sunnite, les Rohingyas, est prise pour cible. Plus d’un million de personnes ont dû fuir le pays vers le Bangladesh, pour échapper aux abus massifs commis par les forces de sécurité du gouvernement. L’armée birmane avait lancé une campagne meurtrière de « nettoyage ethnique », recourant à des bombardements et des incendies criminels.

Avec la dégradation des conditions de vie des Rohingyas, le monde a pu assister à l’une des plus grandes crises de l’histoire contemporaine. Pourtant, cette communauté est victime de persécution depuis de nombreuses années. En effet, le Myanmar, sous dictature militaire, a instauré en 1982 une loi, rendant les Rohingyas apatrides. Aujourd’hui encore, le gouvernement birman ne reconnaît pas cette minorité. 

L’instauration de cette ségrégation institutionnelle, a mis, au banc de société birmane, les Rohingyas, qui ne peuvent ni voyager sans autorisation, ni travailler en dehors de leurs villages, ni même avoir accès à la nourriture en quantité suffisante ou encore à la santé et l’éducation. Une véritable marginalisation s’est mise en place, pour éradiquer les Rohingyas. Sans la flambée de violences dans l’Etat d’Arakan, le « dossier Rohingyas » n’aurait pas pu voir le jour sur la scène médiatique internationale.

Que fait la communauté internationale ? 

Rien… ou presque. La question des Rohingyas a récemment été le sujet de discussions bilatérales entre le chef de l’Etat français, Emmanuel Macron, et le Premier ministre du Bangladesh, Sheikh Hasina, qui effectue une visite de travail de cinq jours en France. 

Les deux personnalités ont évoqué la crise des Rohingyas et la nécessité de trouver une solution pérenne, dans la mesure o​ù le Bangladesh ne peut accueillir indéfiniment cette communauté. D’après le ministre des Affaires étrangères bengali Abdul Momen, le président français a déclaré accompagner le Bangladesh et « rester fermement » à ses côtés pour la résolution de cette crise. Il a par ailleurs mentionné la difficulté de trouver une issue à la crise, après le récent coup d’Etat militaire au Myanmar. La junte ne met rien en œuvre pour le rapatriement des Rohingyas alors qu’aucun conflit n’a été enregistré dans l’Etat d’Arakan, depuis les quatre dernières années.

Il y a quelques jours, une organisation non gouvernementale internationale, Human Rights Watch, a lancé un appel, avec 521 organisations myanmaraises, régionales et internationales de la société civile, au Conseil de sécurité des Nations-Unies. Elle exhorte l’organe onusien de convoquer une réunion d’urgence sur l’escalade des violences dans l’État de Chin, et ​à aborder la détérioration rapide de la crise humanitaire, politique et des droits humains au Myanmar. 

Depuis la prise de pouvoir par les militaires en février 2021, les populations de certains États du Myanmar sont ciblées par l’armée, qui perpétue les mêmes exactions qu’avec les Rohingyas, sous le silence complice de la communauté internationale.