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Egypte : un prêtre fait polémique après avoir critiqué les tenues « indécentes » des femmes

Un prêtre copte orthodoxe a dénoncé les « tenues indécentes » des femmes dans les églises, provoquant cette semaine une vive polémique en Egypte, au sein de la plus importante minorité chrétienne du Moyen-Orient, connue pour son conservatisme.

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« Autant les fêtes de Pâques nous réjouissent, autant nous sommes attristés par les femmes et les filles venant à l’église dans des tenues indécentes », a déclaré devant des fidèles le père Daoud Lamei, un célèbre prêtre d’une banlieue huppée du Caire.

« Pourquoi viennent-elles? », s’est-il interrogé durant cette allocution diffusée sur les réseaux sociaux, invitant les chrétiennes à se couvrir la tête comme le corps.

S’exprimant à l’occasion de la Pâque orthodoxe fin avril, il a ajouté que tout homme, père ou mère laissant leur femme ou fille se rendre à l’église ainsi « devront rendre des comptes devant Dieu ».

Contacté, le Père Lamei n’a pas répondu aux sollicitations de l’AFP.

Les Coptes représentent environ 10% des quelque 100 millions d’Egyptiens, majoritairement musulmans, aucun chiffre officiel n’étant toutefois disponible.

« Couvrez-vous »

Régulièrement victimes d’attaques parfois meurtrières d’extrémistes musulmans, ils sont par ailleurs peu représentés dans la haute administration.

Etudiante à l’Université du Caire de 22 ans, Sandra Awad, qui a fréquenté l’église de Père Lamei par le passé, se dit affligée par les propos du prêtre.

« Il condamne ces femmes au lieu d’expliquer le code vestimentaire et l’attitude appropriée à adopter à l’église en général, pour tout le monde », dit-elle à l’AFP.

D’autres fidèles de cette communauté discrète et conservatrice ont approuvé les propos de l’homme d’église.

« Le Père Daoud a parlé avec le plus grand respect des vêtements des gens afin qu’ils se réveillent et vénèrent l’église dans laquelle ils entrent », a commenté une internaute sur Facebook.

Des appels ont circulé en ligne pour inciter les chrétiennes à s’habiller de manière plus pudique à travers le slogan « Couvrez-vous pour qu’on puisse prier ».

Parallèlement, une campagne similaire exhorte les musulmanes à se couvrir davantage durant le mois de jeûne du ramadan, qui a commencé cette semaine.

Le Père Lamei a nié sur Facebook et Twitter avoir approuvé ces campagnes. L’église où il officie a posté un lien Youtube sur sa page Facebook officielle vers l’intégralité de l’allocution.

« Les membres du clergé sont des modèles pour la communauté qui les considère comme les gardiens de ses traditions et de sa foi. C’est particulièrement le cas quand une communauté se sent menacée », explique à l’AFP Elizabeth Monier, spécialiste des questions coptes à Cambridge University.

Selon Mme Monier, les propos du Père Lamei « reflètent la culture dominante de l’église et de la société (égyptienne) », très conservatrice.

L’église copte orthodoxe s’est récemment affichée davantage sur la scène politique, sous la direction du pape actuel Tawadros II, partisan proclamé du président Abdel Fattah al-Sissi.

L’institution joue également un rôle plus actif en tant que représentant presque exclusif des coptes dans la vie publique, alors que les associations de défense des droits, notamment des minorités religieuses, se disent marginalisés par le clergé et pris pour cible par le régime autoritaire de M. Sissi.

« Salafisme chrétien »

De nombreux activistes coptes reprochent au gouvernement, et même au clergé, de fermer les yeux sur les attaques antichrétiennes. Au-delà des attentats, les agressions contre la communauté sont jugées trop peu sévèrement réprimées.

Parmi ces militants, Ishak Ibrahim, chercheur à l’Initiative égyptienne pour les droits personnels (EIPR), a qualifié le conservatisme de certains prêtres coptes de « salafisme chrétien ». Le salafisme est une tradition rigoriste de l’islam sunnite.

« Alors que l’éducation religieuse est en crise, le clergé a fini par lier la piété à la pudeur », pour éluder le problème de fond, estime-t-il. Mais une telle rhétorique tend à « justifier le harcèlement sexuel » à l’égard des femmes, un fléau en Egypte.

Avocate copte de 28 ans, Marianne Sedhom s’oppose elle aussi fermement à ce repli conservateur. « Les femmes dans l’église doivent s’exprimer davantage contre les idées rétrogrades et machistes », déclare-t-elle à l’AFP.

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