En octobre 2017, Emmanuel Macron déjeunait avec le dictateur égyptien, Abdel Fattah al-Sissi. A la clé, des contrats de vente d’avions Rafale. Un mois plus tard, malgré les alertes des ONG qui prévenaient que l’Egypte vivait sa « pire crise des droits humains depuis des décennies », Bercy décidait d’autoriser la France à vendre des armes à l’Egypte et lui octroyait même des facilités de paiement pour régler ses futurs Rafale.

Un peu plus d’un an plus tard, c’est cette fois le président français qui s’est rendu en Egypte pour, selon la presse égyptienne, « discuter des moyens de renforcer la coopération en matière d’investissement entre les deux pays. » L’occasion pour les mêmes ONG de demander à la France de revoir sa politique de vente d’armes à la dictature égyptienne.

Alors, forcément, Emmanuel Macron a assuré qu’il parlerait à son homologue égyptien des droits de l’Homme, entre deux discussions économiques. Il va « mettre clairement sur la table » la question des droits humains et s’exprimer « de manière plus tranchée, y compris ouvertement » sur le sujet. La France veut en effet « assumer publiquement » sa position sur ce thème, là où elle ne voulait pas « donner des leçons » à l’Egypte quelques mois plus tôt.

Car « les choses se sont empirées depuis octobre 2017 », a indiqué le président de la République. Et pour cause : on a appris il y a trois mois que la France, principal fournisseur d’armes à l’Egypte depuis 2013, ne savait pas vraiment comment était utilisé le matériel vendu à la dictateur de Sissi. « Si le matériel sécuritaire fourni par la France était initialement destiné à l’armée égyptienne, les autorités égyptiennes avaient détourné certains blindés au profit des forces de sécurité », indiquent les ONG.

Mais Emmanuel Macron osera-t-il vraiment mettre le dictateur égyptien devant ses responsabilités ? Rien n’est moins sûr, car Paris veut négocier de nouveaux contrats, pour « plusieurs centaines de millions d’euros », aussi bien dans le secteur des transports que celui des énergies renouvelables, de la santé ou encore de l’agroalimentaire. Autant dire que les droits humains devraient être rapidement balayés d’un revers de la main.