L’information est quasiment passée inaperçue, à l’image de la tragédie vécue par leur communauté dans la province chinoise du Xinjiang. Selon Amnesty International, au moins 150 jeunes étudiants ouïgours ont été arrêtés le 3 juillet dernier, et 12 d’entre eux ont même été renvoyés en Chine. Tous suivaient – ou se préparaient à suivre – des études à l’université d’Al-Azhar, le prestigieux centre de théologie sunnite cairote. « Les chiffres pourraient être plus élevés, dans la mesure où le ministère de l’Intérieur leur interdit d’avoir recours à un avocat ou de communiquer avec leur famille », dénonce Hussein Baoumi, membre de l’ONG. Selon les témoignages recueillis auprès de leurs camarades, la police a mené début juillet des perquisitions indifférenciées dans les résidences universitaires où logeaient ces étudiants ouïgours, y compris dans les restaurants qu’ils avaient l’habitude de fréquenter.

Une vague d’arrestations consécutive à une rencontre sino-égyptienne de haut rang

Officiellement, Le Caire rejette toute justification politique à ces arrestations et déportations, se contentant d’avancer que les jeunes étudiants n’avaient pas de visa en règle. Ce que les camarades des étudiants arrêtés dénient ; certains de ces jeunes Chinois, alertés par cette vague d’arrestation, ont même pu quitter précipitamment le pays pour s’envoler vers la Turquie, une terre d’accueil plus avenante pour cette communauté musulmane turcophone. Pourtant, l’Egypte est sciemment au fait de la dure répression des musulmans ouïgours exercée par les autorités chinoises : en prenant la décision de les renvoyer en Chine, elle les jette délibérément dans la gueule du loup, faite de tortures et de mauvais traitements… Et il est d’autant plus difficile de croire à la version officielle que cette campagne d’arrestations a été lancée quelques jours seulement après une réunion du ministre de l’Intérieur, Magdy Abdel Ghaffar, avec un haut responsable sécuritaire chinois, Chen Zhimin. Une réunion à l’issue de laquelle les deux hommes ont exprimé leur désir d’échanger des informations sur les « organisations extrémistes ». A l’instar des Frères musulmans en Egypte, les musulmans ouïgours de la province du Xinjiang sont catalogués par les autorités chinoises comme des indépendantistes ‘terroristes » et sont à ce titre, et depuis plusieurs années déjà, la cible d’une implacable persécution visant à nier leurs droits à la liberté de culte et d’expression.