« Si je pouvais choisir entre le droit de conduire ou le droit de mettre fin à la tutelle, je choisirais ce dernier. » Lorsqu’une militante saoudienne — qui désire rester anonyme — parle de la politique saoudienne en matière de droit des femmes, elle met le doigt là où ça fait mal. Car si la presse saoudienne, relayée par les médias internationaux, tente de montrer que tout va mieux dans ce domaine dans le royaume, la réalité est bien plus triste.

Car sans la fin de la tutelle,  les femmes saoudiennes sont toujours considérées comme appartenant aux hommes. Et même si on leur laisse le droit de conduire. « Je ne veux pas être au volant et être considérée comme mineure », résume la militante, qui résume parfaitement la situation. Car une Saoudienne ne peut toujours pas travailler, conduire ou voyager sans l’aval de son mari ou de son père.

Pourtant, Riyad n’hésite pas à communiquer sur le thème « Les femmes ont des droits, la révolution est en marche. » Mais il y a quelque chose qui sonne faux. Comme lorsque Mervat Bukhari est envoyée devant les journalistes pour montrer qu’elle est la première femme saoudienne à travailler dans une station-service. Mais dans les faits, l’opération de communication ne prend pas :  Mervat Bukhari assure qu’elle supervise ses collègues et ne sert pas d’essence, alors qu’elle pose fièrement avec le pistolet de distribution de gasoil dans la main.

C’est un peu la marque de fabrique de Riyad : entre les annonces et les faits, il y a souvent un gap. Quand le prince héritier Mohammed ben Salman promet une libéralisation de son royaume, il fait arrêter dans la foulée des prédicateurs et opposants. Riyad promet également une ouverture économique et fait arrêter de nombreux hommes d’affaires sous couvert de lutte contre la corruption.

Alors, pour ce qui est du droit des femmes, le royaume fait monter la princesse Reema ben Bandar ben Sultan au créneau. Celle-ci annonce qu’elle se battra pour « tous les droits des femmes. » Elle promet de travailler « sérieusement » sur les questions de violences faites aux femmes. La problématique des tuteurs, elle, ne devrait pas bouger rapidement. De quoi mettre un coup de canif dans l’opération de communication du prince héritier.