Don d’organes automatique : en France, bientôt la famille du défunt n’aura plus son mot à dire.

Vendredi, 10 avril 2015, les députés de l’Assemblée nationale ont avalisé une proposition controversée sur le don d’organes. À partir de 2018, les prélèvements d’organes pourront être automatiquement effectués sans l’avis des familles, dans la mesure où le défunt n’aura pas divulgué son opposition de son vivant. L’amendement a suscité une vive levée de boucliers dans le monde médical en France.

Don d’organes automatique : levée de boucliers

Le texte de loi indique que le consentement au don d’organes sera présumé chez tout individu majeur après sa mort. Il approuve en fait une modification stipulée par le député socialiste Jean-Louis Touraine en commission. De ce fait, les proches du défunt seront seulement mis au courant « des prélèvements envisagés et de la finalité de ces prélèvements ». Ils ne seront plus consultés comme c’était le cas avant cette loi. Cet amendement n’est pas passé inaperçu, surtout au sein du corps médical. En effet, la plupart des médecins et des infirmiers des coordinations hospitalières de prélèvements d’organes et tissus ont manifesté leur « consternation » vis à vis de cette loi contraire aux « valeurs éthiques de soignant ». Une pétition à ce sujet a été adressée à la ministre de la Santé.


Les 270 signataires de cette pétition ont mis en évidence que l’application de cet amendement « conduira de manière inéluctable à une perte de la notion de don pour tout ce qu’il contient d’humanité ». Ils s’argumentent du fait qu’ « une telle attitude sera vécue par les familles comme une négation de la personnalité et de la mémoire du défunt (…) Nous sommes convaincus qu’une telle modification de la législation aboutira à terme à une chute de cette activité et va entraîner la perte de confiance de la part des familles ainsi qu’une défiance vis-à-vis du personnel soignant ». Pr Claude Ecoffey, président de la société française d’anesthésie et de réanimation (SFAR) a ajouté que cette loi est « une sorte de ‘nationalisation des corps’».

La réaction de l’ensemble des acteurs du système de santé est fortement saluée et respectée. Mais la communauté musulmane de France n’a eu aucune réaction particulière à ce texte de loi sur le don d’organes. Rappelons qu’en Islam le don d’organes est perçu comme une sadaqah (charité), et pourrait être considéré comme une des charités les plus élevées et méritoires lorsque’il ne porte pas à l’intégrité du donneur. Les prélèvements sur un corps sans vie ne peuvent être automatisés et doivent également respecter l’absence de volonté claire de don du défunt de son vivant.

Yassine Bannani

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