En 2017, plus de 3 000 migrants ont trouvé la mort en Méditerranée en fuyant leur pays en guerre, dans des embarcations de fortune. Au total, 10 000 personnes sont décédées en mer depuis 2014. Mais depuis plusieurs années, des ONG se mobilisent pour leur venir en aide, en affrétant des bateaux. 

L’Aquarius est l’un d’eux, parti il y a deux ans du port de Marseille. Financé majoritairement par des dons privés, il été affrété par l’ONG SOS Méditerranée. Long de 77 mètres, il reste en permanence dans les zones de sauvetage et peut accueillir à son bord plus de 1 000 personnes. 

Auparavant utilisé pour la surveillance de la pêche, le bateau est désormais surnommé « l’ambulance des mers ». En effet, avec l’aide du personnel médical de Médecins sans Frontières, l’Aquarius a contribué à sauver 27.000 vies depuis deux ans, selon l’AFP. 

En deux ans, cinq naissances à bord de l’Aquarius 

Cinq bébés ont également poussé leur premier cri sur l’Aquarius. Mercy, une petite fille nigériane a d’ailleurs inspiré le duo Madame Monsieur, à l’Eurovision 2018. 

« Je suis née ce matin, Je m’appelle Mercy. Au milieu de la mer, entre deux pays, Mercy. C’était un long chemin et Maman l’a pris. Elle m’avait dans la peau, huit mois et demi. Oh oui, huit mois et demi », ont chanté Emilie Satt et Jean-Karl Lucas, évoquant l’histoire de ce bébé miraculé, né à bord du bateau. 

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« Les bénévoles de MSF sont tombés dans les bras les uns des autres, tout le monde a applaudi. On a même chanté One Love, de Bob Marley, sur le pont du bateau. C’était un moment unique », a raconté à France Info Grégory Leclerc, journaliste présent à bord. 

En mai 2016, une Camerounaise de 21 ans secourue au large de la Libye, avait elle aussi accouché à bord de L’Aquarius. Les parents avaient appelé leur enfant Destiné Alex, en hommage au capitaine biélorusse du bateau, Alexander Moroz.

Mais si l’équipage de l’Aquarius a de belles histoires à raconter, il a également dû faire face à quelques échecs et critiques, comme les autres missions de sauvetage en Méditerranée. 

L’Aquarius et les autres bateau de sauvetage soupçonnés de complicité avec les passeurs

« À la fin du mois de juillet, on est arrivé trop tard pour huit personnes, qui sont mortes étouffées dans le fond du canot. C’était une atmosphère différente à bord du navire parce que même si on avait réussi à sauver 115 personnes, il y avait toujours ces huit personnes pour lesquelles on était arrivés trop tard. On a vraiment eu l’impression qu’on n’a pas fait notre travail à fond. Et ça nous met en colère », explique à France Info Alice Gautreau, sage-femme à bord de l’Aquarius. 

Au printemps 2017, les ONG ont subi aussi de nombreuses attaques de la part du gouvernement italien, les accusant de connivence avec les réseaux de passeurs. Les garde-côtes libyens, formés par l’UE, ont récupéré au printemps des vedettes fournies par l’Italie et repoussé les ONG plus loin de leurs côtes, en élargissant leur zone de recherche et de secours. 

Les humanitaires à bord des bateaux sont également l’objet de critiques par les responsables européens, les accusant de créer « un appel d’air » pour les migrants. Des tensions qui ont poussé plusieurs ONG à retirer leurs navires, d’autant que des opérations de contre-sauvetage ont aussi été lancées par des groupes identitaires. 

« Ces gens ne partent pas en quête d’un eldorado, ils fuient un enfer. La majorité des migrants sont sauvés par des navires militaires » rappelle Francis Vallat, le président de SOS Méditerranée. 

Selon les gardes-côtes italiens, les migrants secourus par des ONG ont représenté 1% du total en 2014, 13 % en 2015, 26 % en 2016 et 46 % en 2017.