Un groupe d’anciens militaires israéliens dénonce le programme de surveillance de l’armée israélienne en Palestine. Ils dénoncent de graves transgressions commises par et via le dispositif de surveillance, contre les Palestiniens.

« Ils ont dit que la vidéosurveillance était une augmentation puissante des capacités de l’armée, pour défendre Israël contre les terroristes. Mais je ne me sentirais pas à l’aise s’ils l’utilisaient dans le centre commercial de ma ville, disons-le ainsi », a déclaré un soldat israélien récemment démobilisé, qui avait servi dans une unité de renseignement. « C’est une violation totale de la vie privée de tout un peuple », affirme une femme soldat de la même unité.

Ils étaient nombreux, des soldats israéliens, à parler au groupe Breaking the Silence, l’organisation des anciens militaires israéliens qui dénoncent les exactions de l’occupation. Cette fois, il s’agissait de dénoncer le système de surveillance, âgée de deux ans, installé par l’armée israélienne en territoire palestinien occupé. Un système alliant la vidéosurveillance à l’établissement d’une banque de données d’imageries illégales ciblant des personnes privées. Et cela ne s’arrête pas là, car le programme comprend, également, des intrusions aux smartphones des personnes ciblées, via le logiciel Blue Wolf, qui recueille les photos des téléphones et les intègre à cette banque de données, si large qu’un soldat la décrit comme « le Facebook des Palestiniens ».

Ces renseignements sont ensuite utilisés pour catégoriser les Palestiniens « indésirables » et alerter les forces israéliennes sur leur présence, afin de les harceler, voire les détenir. En réponse aux révélations des soldats, Tsahal a émis un communiqué, déclarant que la vidéosurveillance illégale faisait partie « de la lutte contre le terrorisme » et des efforts « visant à améliorer la qualité de la population palestinienne ». « Naturellement, nous ne pouvons commenter les capacités opérationnelles de Tsahal dans ce contexte », conclut l’armée israélienne.

Une surveillance criminelle

Pour Breaking the Silence, l’utilisation de ces technologies de surveillance profite du non-respect des lois internationales par l’entité sioniste. La technologie de reconnaissance faciale sur les civils dans les lieux publics ayant été interdite dans les Etats-Unis et une grande partie de l’Europe.

En Palestine occupée, l’introduction des caméras de reconnaissance faciale dans les espaces publics, en 2019, avait suscité une forte opposition. Et si les autorités israéliennes ont interdit leur utilisation dans les territoires colonisés, l’entité sioniste applique des normes différentes dans les territoires contestés, notamment à Jérusalem, aux alentours de Ghaza, et dans l’Ouest du jourdain.

« Alors que les pays développés du monde entier imposent des restrictions croissantes sur la reconnaissance faciale et la surveillance, la situation décrite (en Palestine) constitue une grave violation des droits fondamentaux, tels que le droit à la vie privée, car les soldats sont incités à collecter autant de photos de Palestiniens que possible dans une sorte de compétition », a déclaré Roni Pelli, avocate à l’Association pour les droits civils en Israël. Elle a déclaré que « l’armée doit immédiatement s’abstenir ».

L’origine : AnyVision de Microsoft

En juin dernier, l’armée israélienne a fait référence à la technologie Blue Wolf dans une brochure en ligne invitant les soldats à faire partie d’un « nouveau peloton » qui « fera de vous un Loup Bleu (Blue Wolf) ». La brochure indiquait que la « technologie de pointe » comportait des caméras intelligentes avec des analyses sophistiquées et des censeurs capables de détecter et d’alerter les activités suspectes en temps réel et le mouvement des « personnes recherchées ». Toutefois, ce que cette technologie fait concrètement, c’est de s’introduire sur les téléphones de civils non avertis, violer leur vie privée et voler leurs images.

En 2019, Microsoft a investi dans une start-up israélienne de reconnaissance faciale appelée AnyVision, dont NBC et la publication commerciale israélienne The Marker ont rapporté qu’elle travaillait avec l’armée pour construire un réseau de caméras de sécurité intelligentes utilisant la technologie de balayage facial en Palestine. Microsoft a déclaré qu’il s’était retiré de son investissement dans AnyVision après l’offensive israélienne à Gaza en mai 2021, et le massacre de 232 Palestiniens dont 65 enfants.

Trop tard, cependant. Car l’armée israélienne avait commencé à installer son programme de reconnaissance faciale, alimenté par AnyVision, fin 2019. Au départ, seulement aux principaux points de contrôle où les Palestiniens entrent en territoire colonisé. Le programme scanne les visages et les pièces d’identité, comme dans un aéroport. Le système israélien est supposé être utilisé pour vérifier si « un Palestinien a un permis pour entrer en Israël ». Par exemple pour travailler ou pour rendre visite à des parents, et pour garder une trace de qui entre dans le pays. Ce contrôle est obligatoire pour les Palestiniens, et s’est depuis transformé en moyen de confiner les « indésirables » par l’armée israélienne et traquer leurs mouvements.