La définition du Jihad offerte par les terroriste de Daech est contraire à ce qu'est réellement le Jihad. Les oulémas marocains en parlent.

Suite aux attentats qui ont secoué Paris le week-end dernier, le monde arabe a réagi avec vigueur aux actions de l’organisation Etat islamique. Notamment le Conseil supérieur des oulémas, au Maroc.

Entre autres prises de parole, le président iranien, Hassan Rohani, a qualifié les attaques commises à Paris dans la nuit de vendredi à samedi de « crimes contre l’Humanité. » La Ligue arabe a, quant à elle, parlé de « crime abominable commis contre des civils innocents. » L’imam de la mosquée Al-Azhar, plus haute institution de l’Islam sunnite, Ahmed Al-Tayeb, demande de son côté une union internationale « pour faire face à ce monstre du terrorisme. » Du président algérien au roi du Maroc, chaque dirigeant n’a pas hésité à condamner fermement ces attentats, même du côté du Golfe. Le président tunisien est, lui, allé à la rencontre de François Hollande.

« Corriger » la notion de Jihad

La Fondation des oulémas africains, lancée en juillet dernier par Mohammed VI, s’est de son côté réunie pour discuter des événements, et faire une mise au point, l’Islam était aujourd’hui sujet à de nombreux amalgames. Pour la fondation – dont l’objectif est d’« unifier les efforts des oulémas du Maroc et des pays africains pour servir l’Islam », de « combattre la pensée extrémiste » et de « faire connaître et prôner les valeurs de la tolérance » –, il était important de démontrer que les préceptes de l’Etat islamique n’avaient rien à voir avec ceux de l’Islam. D’où la réflexion de ce groupe à propos d’un terme trop souvent employé à tort : le Jihad.

Des combattants de l'Etat islamique.

Ce samedi 14 novembre, le Conseil supérieur des oulémas a émis une fatwa qui a pour objectif de « corriger » la notion du Jihad. Tout en dénonçant le « terrorisme », l’organisation marocaine a tenu à rappeler que le « Jihad par les armes » ne peut s’avérer être un recours qu’en cas d’une « extrême nécessité », c’est-à-dire lorsque les musulmans sont « attaqués par leurs ennemis. » Mais même dans ce cas, une solution pacifique doit être trouvée. Le Jihad armé ne peut intervenir que si « toutes les voies pacifiques échouent », selon le communiqué du Conseil, composé notamment de « personnalités reconnues pour leurs connaissances en matière de sciences islamiques. »

« Daech dénature l’Islam »

Mais surtout, a conclu le Conseil supérieur, « l’Islam ne permet (…) à aucun individu ou groupe de proclamer le Jihad de son propre chef. » La proclamation du Jihad est, selon lui, du « ressort exclusif du Grand Imam à qui l’Islam a donné le droit exclusif de le proclamer, d’y appeler et de l’organiser. » En résumé, précise la fondation marocaine, l’Etat islamique est bel et bien à l’opposé du « Jihad légitime. » En effet, les attaques terroristes de l’EI n’ont ni à voir avec « le Jihad contre soi-même », « le Jihad par la pensée », « le Jihad par l’écriture » ou encore « le Jihad par l’argent. »

Pour le Conseil supérieur des Oulémas, tout ce qui ne relève pas de ces Jihad légitimes relève « du terrorisme, de l’agression, de la terreur et du massacre d’âmes innocentes, actes formellement bannis par la religion islamique. » Comme nous le citions hier, d’après le Coran, « celui qui tuerait un homme non coupable d’un meurtre ou un délit sur la terre, c’est comme s’il avait tué tous les hommes. » (sourate 5, verset 32) Les oulémas regrettent que, aujourd’hui, « l’image de l’Islam soit dénaturée par ceux qui lui portent préjudice » et qu’ils dénoncent avec vigueur.

Une fatwa des Oulémas du Maroc contre l’amalgame « Jihad » et « terrorisme » (ici)

Mehdi Chaouali

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