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Les déboires d’Al-Arabiya au Royaume-Uni

La chaîne saoudienne Al-Arabiya, qui a longtemps rêvé de pouvoir concurrencer Al-Jazeera, a été épinglée par l’autorité régulatrice des télécommunications au Royaume-Uni. Explications.

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Nouvel épisode dans la crise du Golfe qui oppose le Qatar à ses voisins, mais cette fois sur le terrain des médias anglo-saxon. La chaîne d’information Al-Arabiya, basée à Dubaï mais détenue en grande partie par des hommes d’affaires saoudiens, a cédé sa licence de diffusion avec effets immédiats le 15 février au Royaume-Uni pour des raisons plus ou moins obscures. En effet, l’Ofcom (autorité régulatrice des télécommunications au Royaume-Uni, l’équivalent du Conseil supérieur de l’audiovisuel en France) avait annoncé le 06 février l’ouverture d’une enquête concernant le traitement par Al-Arabiya de l’affaire du piratage de la Qatar News Agency (QNA) le 24 mai 2017.

Le piratage de QNA à l’origine de la fin d’Al-Arabiya ?

En effet, la crise entre les pays du Golfe avait été précipité par un piratage informatique, où l’agence de presse qatarie avait diffusé une dépêche où l’émir du Qatar, Tamim Ben Hamad Al-Thani, dénonçait le climat d’hostilité à l’égard de l’Iran, faisait l’éloge du Hezbollah libanais et prenait la défense de la présence des troupes américaines sur son sol comme une garantie « contre les convoitises de certains de ses voisins », en allusion aux contentieux territoriaux qui l’opposent notamment à l’Arabie saoudite. Malgré l’annonce de Doha du piratage de son agence de presse, les pays du quartet mettaient en place le blocus du Qatar deux semaines plus tard. Aujourd’hui, les enquêtes du FBI semblent arriver à la conclusion que le piratage aurait été d’origine émiratie, selon des informations révélées par le Washington Post.

Néanmoins la chaîne saoudienne avait bien retransmis massivement ces fausses déclarations attribuées à l’émir du Qatar, contribuant à la hausse des tensions entre le Qatar et ses voisins. La QNA avait alors fait appel au cabinet d’avocats Carter-Ruck pour présenter une plainte à l’Ofcom pour le traitement partial et biaisé par Al Arabiya du piratage de QNA. Peu après l’annonce de l’ouverture d’une enquête par l’Ofcom, Al-Arabiya a donc décidé de céder sa licence. Pour Youssef Ibrahim Abdurahman al-Malki, directeur général de QNA, la décision d’Al-Arabiya vient à prouver son comportement criminel, alors que la chaîne n’avait respecté aucun des principes des règles éthiques du journalisme dans cette affaire.

Le pouvoir saoudien et l’usage douteux des médias

Ce n’est pas la première fois qu’Al-Arabiya se fait épingler pour ses pratiques. Au mois de janvier, Al-Arabiya s’était vu sanctionner d’une amende de 120,000 pounds pour avoir difffusé la vidéo de déclarations obtenus sous la torture d’un leader de l’opposition bahreïni, Hassan Mushaïma. Dans cette vidéo de février 2016, cet opposant confesse qu’il a voulu renverser le gouvernement bahreïni afin de mettre en place une gouvernance islamique sur le modèle iranien. Ces aveux constituaient un excellent moyen pour discréditer la dimension populaire et spontanée des soulèvements qui se déroulent au Bahreïn depuis les printemps arabes de 2011. Depuis, cet opposant est toujours en prison.

Al-Arabiya, qui s’est longtemps rêvé à pouvoir concurrencer Al-Jazeera sans succès, n’a jamais réussi à percer comme une grande chaîne internationale reconnue pour son professionnalisme et sa rigueur dans le traitement de l’information à cause de cette inféodation au pouvoir saoudien. Par exemple, lors des printemps arabes de 2011, la chaîne n’avait pas su aborder les manifestations autrement que sous l’angle du terrorisme, de l’islamisme radical et de la manipulation étrangère sans jamais donner vraiment la parole aux manifestants. Alors que le prince héritier Mohammed Ben Salman renforce son contrôle sur les médias saoudiens et arabes (on parle notamment d’une tentative de prise de contrôle du groupe MBC), il est rassurant de voir que l’Ofcom a appliqué son rôle de régulateur à la lettre afin de sanctionner la chaîne saoudienne pour ses écarts éthiques que la profession ne saurait tolérer.

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